Pétra : premier jour de découverte de la cité antique nabatéenne (jour 4)

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Pétra est, sans aucun doute, le plus bel endroit que j’ai eu la chance de visiter. Contrairement à ce que l’on croit, il ne se résume pas au Trésor : il nous a fallu 2 jours (et 40 kilomètres de marche) pour en voir le principal. Suivez le guide.

Dimanche 29 janvier

Quel contraste avec la veille, où nous nous étions levé dans un froid glacial et sous la neige : il fait maintenant grand soleil à Dana et nous en profitons pour prendre le petit déjeuner dehors, avec une vue superbe. C’est dommage, ça aurait été le temps parfait pour faire la randonnée que nous avions prévue, mais un autre lieu nous attend aujourd’hui : la majestueuse cité perdue de Pétra, dont les bâtiments taillés directement dans la roche ont fasciné les voyageurs de tout temps.

Dernière vue sur la réserve naturelle de Dana, puis nous repartons.

Dernière vue sur la réserve naturelle de Dana, puis nous repartons.

Elle se trouve à une heure de route de Dana. Bizarrement, on m’a demandé plusieurs fois depuis notre retour s’il n’était pas difficile de s’y rendre et si elle était « au milieu de nulle part » : la réponse est, bien entendu, non. Pétra est le site le plus visité de Jordanie avec, en 2016, un peu plus de 464.000 visiteurs (contre 918.000 en 2010, avant les printemps arabes et la guerre en Syrie). C’est un vrai poumon économique pour le pays (l’entrée coûte 67 euros pour la journée !). La ville de Wadi Musa/Gaia, qui s’est développée près du site archéologique, compte des dizaines d’hôtel pour accueillir tout ce beau monde. L’Unesco, qui a classé le site en 1985 sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité, s’inquiète d’ailleurs de sa fréquentation et de son impact sur la cité. A tel point que Petra a été placé sur la liste des monuments en danger en 1996, 1998, 2000 et 2002. L’élection de Petra, en 2007, comme l’une des « Sept nouvelles merveilles du monde » n’a fait qu’amplifier la problématique (le nombre de visiteurs est passé de 359.000 en 2006 à 802.000 en 2008 ; à titre de comparaison, il n’y en avait eu que 44.000 en 1984).

Pétra Jordanie

A l’arrivée, nous surplombons Wadi Musa quelques instants.

Nous arrivons à 11h au Centre des visiteurs et commençons par nous défaire de (trop) nombreux bédouins qui veulent nous conduire à l’entrée du site proprement dit à cheval. « C’est compris dans le prix du billet », arguent-ils. C’est vrai, sauf que le bakchich, lui, n’est pas inclus. Et l’agressivité n’aura jamais réussi à nous faire dépenser de l’argent inutilement. Petite digression : il n’y a pas tant que ça de vendeurs ambulants à Pétra, et ils sont plutôt affables. La visite n’est donc pas parasitée par les casse-pieds, contrairement à ce que j’ai pu connaître en Egypte. Le fait que nous soyons hors-saison et qu’il n’y ait quasiment pas de touristes doit jouer.

Un peu d’histoire

L’histoire de Pétra est longue et très riche, mais on n’a découvert de traces matérielles d’habitations « que » depuis l’époque nabatéenne (auparavant, la vallée était occupée par des nomades). Les Nabatéens étaient un peuple de commerçants qui vivaient au sud de la Jordanie, de Canaan et au nord de l’Arabie actuelle. Ils ont pris le contrôle de Pétra au sixième siècle avant notre ère et y ont vécu jusqu’à la fin de leur civilisation, vers l’an 100, quand ils ont été absorbés par l’Empire romain. L’histoire de Pétra à cette époque est peu connue, car les sources parvenues jusqu’à nous sont rares (les Nabatéens écrivaient sur du papyrus). On sait néanmoins que la ville atteignit son apogée vers l’an 50 et qu’elle abritait entre 20.000 et 40.000 habitants.

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La ville continua un temps à prospérer pendant la Pax Romana, mais le développement du commerce maritime par les Romains fini par être fatal à son économie, en détournant les flux commerciaux. En plus de ça, en l’an 363, un violent tremblement de terre détruisit « presque la moitié » de la ville, selon l’évêque Cyrille de Jérusalem. Ayant perdu de son intérêt commercial, elle ne fut pas reconstruite. Pétra se vida alors doucement de ses habitants et sa dernière mention se trouve dans un texte écrit par Anthenogenes, évêque de la ville, vers la fin du cinquième siècle. Elle revint un peu dans les livres d’histoire au onzième siècle, avec l’édification de quelques forteresses croisées, mais tomba ensuite dans l’oubli.

Elle fut redécouverte par le voyageur suisse Jean Louis Burckhardt en 1812 : présent dans la région, où il avait entendu parler de « vestiges extraordinaires », il se fit passer pour un pèlerin musulman désirant se rendre au tombeau d’Aaron et parvint à se faire guider dans la cité antique. Mais sa curiosité et son enthousiasme éveillèrent les soupçons de son guide, et il ne dépassa pas le Palais de la fille du pharaon. Il mourut quelques années plus tard, sans jamais avoir revu Pétra, mais en ayant découvert Abou Simbel. Joli CV. Six ans plus tard, un groupe d’Anglais parvint à rester deux jours sur place, mais dû aussi partir à cause de tensions parmi les tribus bédouines.

C’est finalement en 1828 que le site est réellement révélé aux occidentaux. Cocorico, c’est grâce à des Français ! Léon de Laborde et Maurice-Adolphe Linant de Bellefonds passent suffisamment de temps sur place pour publier, en 1830, 33 dessins commentés dans un livre intitulé « Voyage de l’Arabie Pétrée » (dont une version numérisée est visible ici). L’histoire de la découverte de Pétra est bien racontée dans cet article du Figaro.

 Notre premier jour de visite

 

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Entre le Centre des visiteurs et l’entrée du Siq, le canyon qui conduit à Pétra, on peut déjà voir quelques éléments intéressants. En premier lieu, les « blocs des Djinns », que l’on pense être les premiers tombeaux de Pétra, ou bien des représentations des Dieux. Ils sont assez rudimentaires et ont seulement la forme de gros cubes. Par contre, on y voit aussi le premier monument d’importance : le Tombeau aux obélisques, qui est en fait composé de deux tombeaux superposés, dont les obélisques représentaient les défunts.

Les "Djinns" à l'entrée de Pétra.

Des « Djinns » à l’entrée de Pétra.

Au bout d’un kilomètre environ, on arrive au Siq, l’entrée proprement dite de Pétra. Le canyon était à l’époque nabatéenne protégé par un barrage, afin d’éviter les inondations en cas de fortes pluies : l’eau était canalisée vers un tunnel de 88 mètres de long. Le barrage s’est malheureusement effondré lorsque la cité a été désertée, la laissant en proie aux inondations pendant des siècles. Un nouveau barrage a finalement été reconstruit en 1964, après qu’une crue éclair a ôté la vie à 22 touristes français. D’ailleurs, c’est lors de la construction de ce nouveau barrage que fut découvert le nom nabatéen de Pétra : Raqmu.

Un exemple de crue, après 30 minutes de pluie :

Le Sîq, défilé étroit et sinueux long de 1.200 m environ, forme l’entrée de la ville antique. Il avait plusieurs intérêt. D’abord, le plus évident, est qu’il faisait de la ville un endroit non seulement caché mais surtout facile à défendre, puisqu’il ne fait que 10 mètres à son endroit le plus large. Il servait aussi à transporter de l’eau jusqu’à la cité, grâce à deux aqueducs creusés sur ses parois. Enfin, et c’est ce que l’on vit aujourd’hui, il avait une fonction initiatique : l’étrangeté du lieu, les rayons de lumière qui y pénètrent, les milliers de nuances de roche transforment le canyon en véritable voie processionnaire jusqu’au Trésor. Dès les premières minutes, le visiteur est happé vers un autre monde ; sensation exacerbée dans notre cas par le nombre très faible de visiteurs.

Pétra Jordanie

Après un dernier virage, le Trésor apparait, figé dans sa majesté, plus somptueux encore que nous pouvions l’imaginer. Quel bonheur d’être ici, c’est pour nous trois un véritable rêve qui se réalise. Loin d’être l’un de ces monuments qui déçoivent une fois devant, le Trésor nous éblouit.

Pétra JordaniePétra Jordanie

Appelé aussi Khazneh, le Trésor date probablement du premier siècle avant notre ère. Il a une hauteur de 39 mètres et une largeur de 25, et s’élève sur deux étages. Sa fonction est inconnue : pour certains experts, c’était un temple ; pour d’autres, une salle d’archives. L’hypothèse la plus couramment admise est que le lieu abritait le tombeau d’un roi. Tout ce qui est sûr, c’est que des tombes ont été découvertes dans son sous-sol. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, l’intérieur n’a par contre rien de flamboyant : trois pièces vides aux murs nus.

Le surnom de « Trésor » vient de l’urne funéraire située en haut du bâtiment. Pendant des siècles, les Bédouins du secteur pensaient qu’elle renfermait un trésor et ont tenté de la percer (on peut d’ailleurs voir des impacts de balles sur la façade). Sans succès, puisqu’elle est pleine et taillée dans le roc, comme tout le bâtiment.

Pétra Jordanie

La visite continue sur la droite du Khazneh, dans un défilé un peu plus large que le Siq, où se trouvent plusieurs tombeaux monumentaux. Le défilé mène à une zone baptisée la « Rue aux façades », dont le nom provient de la présence d’une quarantaine de tombes et d’habitations troglodytiques. Ces dernières datent, pour les plus anciennes, de l’occupation assyrienne dans la région, il y a 4000 ans.

Dans cette zone se trouve un autre monument imposant : le théâtre, lui aussi taillé directement dans la roche. Construit au premier siècle, il pouvait accueillir de 3000 à 8500 personnes (selon les sources). Il a été seulement découvert et exhumé en 1961. D’ailleurs, il est assez étonnant de lire sur les panneaux des monuments leur date d’excavation : les tombes situées sous le Khazneh, par exemple, n’ont été découvertes qu’en 2003 ! La raison est pourtant simple : le site est d’une telle richesse que les archéologues n’ont pas les moyens de tout fouiller. Il est estimé que seulement 10% de Pétra a été fouillé, ce qui laisse présager des siècles de découvertes. Une structure monumentale a d’ailleurs été découverte en juin 2016 grâce à Google Earth.

La rue des Façade est, pour le touriste, un carrefour important. Elle mène vers la rue aux Colonnades (tout droite), vers les Tombeaux royaux (à droite), où vers le Haut-lieu du sacrifice, à gauche. C’est ce dernier chemin que nous prenons, dans l’espoir de voir le Trésor d’en haut (notez bien que ce n’est pas le bon chemin ; je vous expliquerai dans le prochain article comment faire).

Pour atteindre le Haut-lieu du sacrifice, il faut de bonnes cuisses et un peu de courage : le sentier qui y mène est très raide et compte 800 marches. Mais l’effort en vaut la chandelle : la vue panoramique sur la ville basse et les Tombeaux royaux est incroyable. Le Haut-lieu du sacrifice est, lui, une plateforme taillée au sommet du mont, où étaient sacrifiés des animaux. Deux immenses obélisques de six mètres de haut (qui n’ont pas été érigés, mais taillés dans la roche : imaginez, ils ont ENLEVÉ LA MONTAGNE AUTOUR. Des tarés) représentent probablement deux Dieux du panthéon nabatéen, Dushara et al-Uzza (en fait, on n’est pas vraiment sûrs. Si ça se trouve c’était juste deux poteaux indicateurs. Mais ça me permet de placer le nom des Dieux les plus importants de ce peuple. #instantculture).

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La vue depuis le Haut-Lieu du sacrifice est spectaculaire (merci à Steven pour la photo).

La vue depuis le Haut-Lieu du sacrifice est spectaculaire (merci à Steven pour la photo).

Nous redescendons de l’autre côté du djebel (la montagne), vers Wadi Farasa. C’est un moment merveilleux : il n’y a pas un seul touriste que nous – seulement un chat traînant dans les parages -, la vue sur Wada farasa est spectaculaire, et régulièrement, de nouveaux monuments nous apparaissent. Citons par exemple la Fontaine au lion, un félin de 4,5 mètres taillé dans la roche. Nous poursuivons sur un escalier attaqué par l’érosion, qui mène à une sorte de vallée encaissée bordée de tombeaux. Au bout, la Tombe du Jardin, un triclinium ouvert directement sur l’extérieur par deux colonnes circulaires. Une citerne situé à côté servait à irriguer le lieu, qui était sans doute un jardin. Il est facile d’imaginer sa beauté à l’époque.

Pétra Jordanie

Pétra Jordanie

Baisser la tête, voir un tombeau. Et sur la gauche de l’immeuble, une ancienne habitation troglodyte.

 

La Tombe du Jardin, au fond. Ca fait rêver, non ?

La Tombe du Jardin, au fond. Ca fait rêver, non ?

Trois autres tombeaux parsèment la zone, dont le Tombeau du soldat romain, orné de statues (dont l’une a été prise pour un soldat en tunique et cuirasse, qui était en fait le nabatéen inhumé là) et le Triclinium le plus vaste de Pétra. Les parois et façades des tombeaux – voire des rochers – sont si bigarrés qu’ils semblent peints : il s’agit pourtant bien des incroyables couleurs naturelles de la roche.

Pétra Jordanie

Pétra Jordanie

Plus qu’en marchant dans le Siq, c’est en descendant dans cette vallée que j’ai eu l’impression d’être un explorateur à la découverte d’une cité perdue. Au risque de passer pour un gros geek, j’ai vraiment eu l’impression d’être dans un nouveau Tomb Raider. Mes amis sont aussi conquis, Matthieu lâchant devant un énième tombeau : « ils ne veulent pas laisser notre esprit se reposer cinq minutes entre deux merveilles ?! » C’est aussi à ce moment-là que je réalise que Pétra est le plus beau site que j’ai visité.

Nous continuons à marcher jusqu’au djebel al-Habis, où l’on voit une tombe non terminée : seul le haut a été taillé. Elle permet de comprendre comment les artisans procédaient : ils commençaient par tailler le haut des monuments, avec leur échafaudage fixé à la paroi,  et descendaient progressivement. Le djebel Habis abrite aussi le columbarium de Pétra, dont la fonction exacte est inconnue (un magasin ? une poste ? un colombier ?).

Pétra Jordanie

Au sommet du piton rocheux al-Habis se dressait autrefois une forteresse croisée. Comme je l’indiquais plus haut, l’intérêt stratégique et défensif de Pétra n’avait pas été sous-estimé par les Francs, qui y ont construit plusieurs forteresses. Celle-ci, malheureusement, est complètement tombée en ruine. Par contre, la vue sur la vallée, à 360°, vaut clairement la montée ! C’est même l’un des plus beaux panoramas du site.

(J'ai un peu le vertige)

(J’ai un peu le vertige)

Pétra Jordanie

On termine cette longue (mais inoubliable) journée en jetant un oeil au Palais de la fille du pharaon, Qasr al-Bint. C’est l’une des très rares structures de Pétra n’étant pas taillée dans la roche qui nous soit parvenue. Il faut dire qu’il était particulièrement massif : c’est le plan grand bâtiment de Pétra ! Construit vers l’an 30 av. J.-C., il a été presque totalement détruit par le tremblement de terre du 19 mai 363 avant d’être abandonné. Selon la légende, la fille du pharaon qui habitait dans ce palais aurait promis d’épouser l’homme qui arriverait à y installer l’eau courante.

Pétra Jordanie

Les derniers kilomètres de cette visite sont plutôt plaisants : remonter la rue aux Colonnades sous une superbe lumière rasante. Cette rue, voie principale de Pétra est bordée de plusieurs monuments intéressants, mais nous nous y arrêterons demain (l’article sera probablement plus court que celui-ci, ne fuyez-pas !). Officiellement, le site ferme à 16h. Il est 17h30, la nuit tombe, mais nous profitons toujours des lieux, quasiment seuls. En se cachant bien, on aurait même moyen de rester dormir là, je pense… A condition de verser un bakchich aux Bédouins qui vivent ici (illégalement, puisqu’officiellement ils ont été chassés vers Wadi Musa dans les années 1980, censément pour protéger le site).

Pétra Jordanie

De retour au Trésor, inébranlable et solitaire, nous nous asseyons un moment, la tête ailleurs, pour en profiter une nouvelle fois et profiter du calme. C’est aussi le moment pour se la péter un peu avec plein de photos.

Pétra Jordanie

Il est alors temps, quasiment à contrecoeur, de remonter le Siq vers notre hôtel. Voici mes deux camarades Steven et Matthieu, loin d’être gênés par la foule :

Le soir, devant une « Petra Beer » au bar de l’hôtel, nous débrieferons cette journée, dévoilant chacun notre moment le plus magique. Pour Matthieu, c’est la première apparition du Trésor, après la traversée du Siq. Steven, lui, cite la vue depuis Al-Habis. Quant à moi, c’est la descente vers la Tombe du Jardin. Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Informations pratiques

Y aller : 3h de route depuis Amman (250 km) ; 1h50 depuis Aqaba (120 km)
Horaires : 7h00 à 16h en hiver ; 6h à 18h30 en été ; 7h à 16h pendant le ramadan
Tarifs : 50 JD pour un jour, 55 JD pour 2 jours, 60 JD pour trois jours. Inclus dans le Jordan Pass (qui devient rentable même en ne visitant que Pétra). 90 JD pour les visiteurs passant seulement une journée en Jordanie (depuis Israël, par exemple)

Post-scriptum : une blague en breton

Pétra Jordanie

Commentaires (1)

  1. superbe voyage, j adore te lire ,tu me fais rever. et cette petite touche d humour est parfaite pour une lecture toujours tres interessante et instructive! merci pour ce partage

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