Top chrono : une journée pour découvrir Porto

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Ville au riche patrimoine historique, médiéval et baroque, Porto mérite votre attention pour plusieurs jours. Mais si comme moi vous être pris par le temps, suivez le guide…

Petite surprise : je pensais que la Russie serait ma dernière virée de 2016, mais me voilà à Porto pour quelques jours. De quoi redécouvrir une ville que j’avais visité en voyage scolaire en 2002 ou 2003, mais dont je ne garde aucun souvenir à part que j’avais eu l’impression d’être dans Harry Potter. Plus d’une décennie plus tard, je comprendrai pourquoi. Ma visite sera courte. Venu pour le travail, je passerai plus de temps dans des laboratoires et des salles de réunion que dans des églises, mais j’ai tout de même réussi à voir quelques pépites. Et à tout faire tenir dans un article qui correspond grosso-modo à une journée de marche.

Le quartier de Clérigos

Commençons par prendre un peu de hauteur, ce qui n’est pas bien difficile à Porto, la ville étant bâtie sur des collines abruptes surplombant le Douro, fleuve qui se jette dans la mer à quelques kilomètres de là. Allons encore plus haut que ces collines, au point culminant de la ville, la tour de Clérigos. Construite dans un quartier très animé, cet emblème de Porto remonte à 1763 et s’élance à 75 mètres de hauteur. L’église dos Clérigos paraît en fait beaucoup plus imposante qu’elle ne l’est en réalité, son architecte ayant habilement joué avec les perspectives des rues qui y montent.

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L’église domine un centre commercial très moderne, datant de 2013, caché sous un parc zébré de lignes géométriques ; une réussite.

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Plus ancien, le magasin A Vida Portuguesa, juste en face, a été aménagé dans de superbes entrepôts de tissus du début du XXe siècle. Arrêtez-vous pour y acheter des produits traditionnels locaux ou simplement pour l’admirer, c’est gratuit.

Vous allez me dire : « bien sûr que c’est gratuit, a-t-on déjà vu une boutique où il faut payer pour entrer ? » Eh oui, à quelques mètres de là se trouve la librairie Lello. Il vous en coûtera 3€ pour y entrer (cette somme est déduite si vous achetez un livre). Pourquoi ce droit d’entrée ? Non pas parce qu’il s’agit d’une des plus belles librairies au monde, non, mais plutôt parce qu’elle a conquis une renommée mondiale lorsqu’une certaine JK Rowling a expliqué que cette librairie l’avait inspirée pour imaginer l’atmosphère de Poudlard, l’école des sorciers.

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Les belles places des environs (Praça de Carlos Alberto et Praça de Gomes Teixeira, ainsi que la Rua da Galeria de Paris) sont des lieux très fréquentés par les étudiants, reconnaissables à leurs uniformes et capes noires, qui lors de ma première visite m’avaient fait penser à Harry Potter. Maintenant que je sais que Rowling a vécu à Porto, je comprends mieux !

Une curiosité se dresse au coin de la plus grande place : une double-église, l’Igreja do Carmo et l’Igreja dos Carmelitas. La première, ornée d’un superbe pignon en azulejos – ces murs de faïences bleu typiques de la ville – date du milieu du XVIIIe siècle dans un style baroque. La seconde, d’un style plus classique, a été érigée un siècle plus tôt. Carmo était réservée aux nonnes, et Carmelitas aux frères. Entre les deux églises se trouve une habitation d’un mètre de large, pour les séparer. On n’est jamais trop prudent !

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Autour de la Praça da Liberdade

La rue qui descend face à l’église dos Clérigos mène vers un autre quartier, plus solennel, dont l’époque dominante est le tournant du XXe siècle. Larges places et avenues bordées d’immeubles d’inspiration française ont remplacé de nombreux couvents, détruits suite à l’interdiction des ordres religieux en 1834.

La place de la liberté est le centre économique et politique de Porto. Dominée par la tour en granit de l’hôtel de ville, la large avenue dos Aliados compte quelques statues, comme O Porto, personnification de la ville sous les traits d’un soldat vêtu à la romaine, et la statue équestre de Dom Pedro IV, qui fut à la fois empereur du Brésil et roi du Portugal.

En bordure de la place, l’Igreja dos Congregados arbore elle-aussi des azulejos extérieurs. L’intérieur est, lui, plutôt baroque. D’ailleurs, saviez-vous que le mot baroque est d’origine portugaise ? « Barroco » désigne une perle irrégulière et difforme. A l’origine, le mot baroque était d’ailleurs péjoratif, les œuvres de ce style étant jugées imparfaites.

Azulejos toujours, dans la gare de Sao Bento. Son hall emplit de ces faïences, qui retracent des faits marquants de l’histoire du pays, en fait une des gares les plus belles du monde.

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En remontant derrière la gare vers la station de métro Bolhao, on découvre tout d’abord la halle en béton et en fer forgé du Marché de Bolhao, une institution locale.  Ouvert en 1915, ce marché semble avoir très peu changé… ce qui est bien pour l’authenticité, vraiment présente, mais qui se traduit par un lieu un peu décrépi qui aurait bien besoin d’un coup de polish.

Dans la rue adjacente, la Capela das Almas ravira les amateurs d’azulejos, dont elle est recouverte. Petite église de la fin du XVIIe, elle a été entièrement recouverte de faïence en 1929. Elles raconte la vie de saint François d’Assise et de sainte Catherine.

Pause gourmande à deux pas de là, dans le très chic café Majestic. Il a gardé son élégance de la Belle époque, malgré l’afflux de touristes qui, une fois encore, viennent sur les pas de JK Rowling qui s’y est attablée en 1994 pour écrire le premier tome des aventures de son célèbre sorcier, sorti en 1997.

Sur la route de cathédrale Sé, on s’arrêtera à l’Igreja de Santo Ildefonso, elle aussi tapissée d’azulejos, et dont l’intérieur contient une curiosité : deux tableaux presque entièrement noirs. Ils ont été volontairement noircis pour dissimuler leur beauté aux troupes de Napoléon. Alors, ça a réussi. Mais quel est l’intérêt si, maintenant, personne ne peut les admirer ?

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La cathédrale Sé, cœur historique de Porto

Redescendons vers la colline Pena Ventosa, qui fut le premier lieu d’occupation de la ville. On y a retrouvé des vestiges remontant au VIIe siècle avant Jésus-Christ ! Pendant longtemps, les habitants de Porto n’ont vécu qu’ici, comme en témoignent les remparts de diverses périodes que l’on peut apercevoir ça et là.

La cathédrale Sé date des XII et XIIIe siècles, mais a bien sûr subi des modifications depuis. Elle n’est pas particulièrement impressionnante, bizarrement. Surtout quand on la compare aux églises baroques qui l’ont suivie.

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Par contre, son parvis – où se trouvait un quartier médiéval ratiboisé en 1940 pour mieux mettre en valeur la cathédrale – est incroyablement bien placé, et offre une vue admirable sur la ville, ses clochers, et sur la vallée du Douro. L’énorme et austère bâtiment blanc qui gâche un peu la vue est la palais épiscopal.

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Cachée derrière le quartier de la cathédrale, l’église de Santa Clara est intéressante. On y pénètre par un portail renaissance, puis on y entre sur le côté, pour découvrir un intérieur baroque entièrement recouvert de talha dourada. Ce sont des statues et sculptures recouvertes d’or, typiques de l’art religieux portugais, qui voyait là une bonne occasion de montrer que le pays était immensément riche, de par sa conquête du Brésil.

Au dessus du Douro, vers la Vila Nova de Gaia

Depuis Santa Clara, deux options : descendre vers la Ribeira, sur les bords du Douro, et admirer les façades multicolores qui se reflètent dans le fleuve, avant de se perdre dans les ruelles médiévales du quartier, ou traverser à pieds le pont Dom Luis Ier (ce que je fais).

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Inauguré en 1886, ce pont en fer est souvent attribué à Gustave Eiffel. D’ailleurs, je l’appellerai comme cela pendant tout mon séjour, puisque c’est ainsi qu’un collègue portugais me l’a présenté, avant d’apprendre en rédigeant ce billet qu’il a en fait été conçu par Théophile Seyrig. Le projet de pont levant présenté par Eiffel avait été retoqué par le gouvernement portugais.

Au bout du pont, le monastère da Serra do Pilar semble monter la garde – c’est sans doute pour cela qu’il a été transformé en caserne. En télécabine, on descend sur l’autre rive du Douro, à Vila Nova da Gaia, cité jumelle – et rivale – de Porto. Le nom de Gaia ne vous dit peut être rien, mais vous avez sans doute bu de son nectar : c’est ici que sont tous les chais qui produisent le porto.

C’est surtout d’ici dont on jouit de la plus belle vue sur Porto, à l’heure du soleil couchant. Pour en profiter, montez sur le rooftop du Porto Cruz. Vous aurez une vue splendide sur le Douro, la ville et ses rabelos, les bateaux qui assuraient autrefois le transport du porto et qui aujourd’hui promènent les touristes.

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Et si vous avez faim après cela, pourquoi ne pas vous laisser tenter par une francesinha, un crossover entre un croque monsieur géant et de la poutine québécoise ? C’est loin d’être un plat pour les fins gourmets, mais après tant de kilomètres, ça rassasie à pas cher – et couleur locale. La meilleure francesinha de la ville est servie au Café Santiago.

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