L’autre Brest, celui qui n’a pas été chanté par Miossec mais est rentré dans les livres d’Histoire. On y trouve, outre un centre agréable, une des plus importantes forteresses de Biélorussie, lieu hautement symbolique pour l’Armée rouge.
Ça fait bien longtemps que je voulais voir Brest. Forcément, originaire du nord-Finistère, j’ai encore en mémoire les cours d’Histoire où l’on a parlé du traité de Brest-Litovsk, dont le nom ne manquait pas de nous faire réagir. Je me suis même dit que ça serait bien, un jour, de faire un road-trip « De Brest à Brest ». Ça intéresserait sans doute Le Télégramme (qui ne s’appelle plus Le Télégramme de Brest depuis les années 1950, soit-dit en passant).

Bref, m’y voilà, arrivant en train depuis Minsk après un trajet de trois heures (ce qui est plus rapide que de faire Paris-Brest chez nous).

Deux choses avant de commencer la visite :
– Brest ou Brest-Litovsk ? Sous l’Empire russe, la ville s’appelle Brest-Litovsk (littéralement, « la Brest lituanienne »). Après la première guerre mondiale, quand elle a été intégrée à la Pologne, elle a été rebaptisée Brześć nad Bugiem (« Brest-sur-le-Boug », la rivière qui la traverse). Puis, intégrée à la Biélorussie après la Seconde guerre mondiale, elle est devenue simplement « Brest ».

– Ca fait longtemps que j’ai quitté les bancs de l’école, c’était quoi déjà ce traité ? Le traité de Brest-Litvosk a été signé en mars 1918 entre la jeune république russe bolchevique, née de la Révolution d’octobre 1917, et les Empires centraux. L’armistice avait déjà été signé en décembre 1917, ce qui a permis aux Empires centraux de lancer de plus grandes offensives à l’ouest, notamment en France.

█ La visite de la ville

Brest est très ancienne : elle est mentionnée pour la première fois en 1019. Selon la légende, des marchants qui passaient non loin à travers les marécages les recouvraient d’écorces de bouleau (« beresta ») pour pouvoir traverser. À l’origine, la ville était à l’emplacement de la forteresse, mais elle a été déplacée de deux kilomètres lorsque cette dernière a été bâtie, en 1836.

Brest est réputée pour son côté cosy et presque européen. Ça ne se voit pas tout de suite en arrivant à la gare, construite en dans le pur style stalinien, mais dans le centre-ville. La rue Sovetskaya, piétonne, est agréable à parcourir (surtout qu’il fait une vingtaine de degrés) avec ses cafés, bancs, musiciens…
La rue piétonne relie la cathédrale Saint-Nicolas, en jaune, avec la cathédrale Saint-Siméon, en vert.

Entre les deux, les arrêts touristiques sont assez rares : le monument du millénaire de la ville (inauguré en 2009, soit lors de son 990e anniversaire – il doit y avoir une logique qui m’échappe), le monument de la libération, et côté bâtiments, le cinéma et le marché central.

Parallèle à la rue Sovetskaya, la rue Lénine est plus classiquement soviétique. Une statue du bonhomme a été érigée sur la place du même nom. Non loin se trouvent des bustes des écrivains Adam Mickiewicz et Nikolai Gogol. D’ailleurs, le long de la rue Gogol, qui mène à la forteresse, les lampadaires sont de véritables sculptures en fer rendant hommage à ses œuvres.

█ La visite de la forteresse

La forteresse de Brest couvre environ quatre kilomètres carrés. Elle est composée de la citadelle, au centre, où se trouve la plupart des bâtiments intéressants, et de trois îles artificielles de fortifications qui ont été extrêmement endommagées et ont quasiment disparu.

En 1915, elle fut capturée par les Allemands et, après la guerre, intégra le territoire polonais. Au début de la seconde guerre mondiale, les Polonais y résistèrent pendant quatre jours aux nazis avant de capituler. Lors du dépeçage de la Pologne entre les Nazis et les Soviétiques, elle passa sous le drapeau rouge, jusqu’en 1941.

22 juin 1941, 4h15. Des unités de la 4e armée allemande lancent l’attaque sur la forteresse. Ils commencent par un barrage d’artillerie, qui prend les soviétiques par surprise, et se lancent à l’assaut de la forteresse à 9h. Ils s’attendent à la capturer rapidement pour poursuivre leur chemin, mais les 9000 hommes présents opposent une résistance farouche. Alors que la ville de Brest tombe rapidement (au passage, elle est rasée à 90%) la forteresse continue à résister aux assauts nazis, malgré le manque de munitions, de vivres et d’eau.

Selon les historiens, la majeure partie de la forteresse est conquise le 29 juin, avec quelques poches de résistance continuant le combat jusqu’à fin juillet. La légende soviétique dit, elle, que la bataille pour le contrôle de la forteresse a duré un mois et que celle-ci n’est tombée que le 20 juillet. Cette version probablement embellie de la réalité a fait de la forteresse un symbole de la bravoure de l’Armée rouge. D’ailleurs, selon cette version, aucun soldat soviétique ne se serait rendu. Les Allemands assurent, eux, avoir capturé 6800 soldats. Le bilan humain n’est pas connu avec exactitude : les estimations du nombre de morts pendant la bataille varient de 850 à 2000 pour les soldats soviétiques. 430 soldats allemands ont aussi été tués.

L’entrée dans la forteresse se fait à travers une gigantesque étoile de béton où est diffusé l’annonce radio de l’invasion de l’URSS par les nazis. Après la visite d’un fort, on arrive à la citadelle.

Plusieurs monuments ont été érigés après que la forteresse a reçu le titre de Forteresse héroïque (l’équivalent du titre de Ville héroïque qu’ont reçues Moscou, Kiev, Odessa, Mourmansk, etc.) en 1965 et le complexe a été inauguré en 1971. Pourquoi si tard ? Car après la guerre, cet épisode a été oublié, ses témoins étant morts ou ayant été capturés par les Nazis (et envoyés au goulag à leur retour au pays à la fin de la guerre, par les prisonniers de guerre étaient considérés comme des traîtres). C’est grâce à l’écrivain S. Smirnov, qui a visité la forteresse en 1954 et a passé les dix années suivantes à documenter ce qui s’y était passé, qu’elle n’est pas tombée dans l’oubli – et que les soldats qui y étaient présents sont sortis de la disgrâce.

Le premier monument que l’on croise est la Soif, une sculpture d’un soldat tendant le bras vers la rivière pour y puiser de l’eau.

Au centre, la Place des cérémonies est surmonté par un obélisque-baïonnette de 100 mètres de hauteur, relié par une triple rangée de tombes (seulement 250 des soldats qui sont morts ici ont été identifiés) au Courage, une allégorie de 35 mètres de hauteur. Devant brûle une flamme éternelle, gardée par des adolescents membres du corps des Pionniers.

La citadelle est entourée de baraquements, dont une partie est en ruine (pour déloger les soviétiques, les Allemands ont fait sauter plusieurs bâtiments avec leurs occupants, en les achevant si besoin au lance-flammes) et qui sont tous constellés d’impacts de balles.

Parmi ces bâtiments se trouve le « Palais blanc », lui aussi criblé de balles : c’est à l’intérieur que le traité de Brest-Litovsk a été signé.

Deux musées sont installés dans ces baraques : le Musée de la Guerre et le musée de la Forteresse. Les deux présentent beaucoup d’objets et de documents sur la bataille, mais 90% des panneaux sont en russe, c’est dommage.

La citadelle compte aussi une église qui a beaucoup souffert de la bataille. Elle a été restaurée, mais son intérieur reste très dépouillé.

█ Aller à Brest depuis Minsk

Rien de plus simple ! Il y a plusieurs trains quotidiens, dont un train direct qui mène de la gare centrale de Minsk à celle de Brest en 3h15 seulement. Le train est neuf, rapide et confortable, et ne coûte que 12,21 roubles, soit 5 euros ! Les horaires sont visibles ici : https://rasp.rw.by/