N’écoutez pas les rabats-joie qui vous dirons que les chutes du Niagara sont trop touristiques et ne méritent pas une visite. Si elles sont, depuis près de deux siècles, visitées par des millions de personnes chaque année, c’est pour une bonne raison.


Les lecteurs les plus assidus de ce blog savent que j’ai un faible pour les chutes d’eau. De l’Islande au Venezuela, j’ai eu l’occasion d’en voir des particulièrement belles. Il était donc évident que je n’allais pas passer à côté des chutes du Niagara, qui sont à moins de deux heures de route de Toronto.

Quand on parle des chutes du Niagara, il y a deux réactions. Ceux qui ne les ont pas vues et aimeraient beaucoup y aller, et ceux qui les ont vues et trouvent qu’elles ne valent pas leur réputation, car c’est bien trop touristique. J’étais donc un peu inquiet en arrivant à Niagara Falls : serais-je déçu ?

En arrivant dans la ville canadienne de Niagara Falls (les chutes sont à la frontière, de l’autre côté, la ville américaine s’appelle aussi Niagara Falls – quelle originalité !), où j’ai réservé une chambre (au rapport qualité-prix limite ; dur de trouver un logement abordable dans le coin), j’ai compris les critiques sur le côté ultra-touristique du site. Ce n’est pas une ville, c’est Disney Village. Une alternance de fast-foods, glaciers, magasins de souvenirs et attractions attrape-touristes, du type maison hantée, labyrinthe de miroirs, musée de cire… Des hauts-parleurs diffusent même dans la musique dans la rue. Un parc d’attraction, je vous dis.

Mais bon, j’étais prévenu, et je ne suis pas là pour ça – allons donc voir les chutes, au bas de la rue principale où se trouve mon hôtel.

« Hum, je les voyais plus grandes. C’est vrai que c’est décevant. » Telle est ma première réaction en débouchant au bord de la gorge, face aux chutes américaines.

Il faut savoir que les chutes du Niagara sont au nombre de trois :
– le « Fer à Cheval » (Horseshoe Falls) ou chutes canadiennes, qui sont les plus célèbres et impressionnantes ;
– les « chutes américaines » (American Falls) ;
– le « voile de la mariée » (Bridal Veil Falls), toute petite chute juste à côté des chutes américaines

En arrivant juste devant les chutes américaines, je découvre donc des chutes qui n’ont rien de particulièrement impressionnant. Certes, j’aperçois au loin les chutes canadiennes, mais vu d’ici, elles n’ont pas non plus l’air très imposantes. Il faut dire que les chutes de Niagara ne sont pas très hautes : 52 mètres seulement. Et encore, les chutes américaines ne font réellement que 21 mètres de chute libre, avant de tomber sur un amas de rocher. Elles sont néanmoins très larges (800 mètres pour les chutes canadiennes et 300 mètres pour les américaines) et, avec un débit naturel de 5 720 m3/s (réduit à 2 800 m3/s à cause des barrages situés en amont, qui permettent de produire de l’énergie et de réduire l’érosion des chutes), elles sont les chutes les plus puissantes d’Amérique du Nord.

Bien qu’un peu déçu, donc, je traverse le Rainbow Bridge pour passer du côté américain du site. C’est censé être très simple (le poste de douane est au bout du pont), mais la paranoïa légendaire des douaniers américains fait qu’il me faudra patienter une heure (dans un bâtiment à part, où je suis interrogé pour savoir où je vais, pourquoi, comment : à croire que je suis la seule personne qui souhaite voir les chutes des deux côtés) avant de pouvoir être admis aux États-Unis d’Amérique. Décidément, ce n’est pas ma journée.

Surprise, du côté américain, l’ambiance est toute autre : les chutes sont entourées d’un grand parc, tandis que la ville – une petite ville américaine classique, sans la moindre agitation – est reléguée un peu plus loin. Saluons cet effort, car cela signifie que lorsqu’on regarde les chutes du côté canadien, la vue n’est pas gâchée par l’urbanisation.

De ce parc, j’embarque pour une rapide croisière à bord d’un des bateaux de la société Maid of the Mist, qui transporte les passagers au pied des chutes depuis 1846.

C’est là que le déclic se fait. Pas encore en passant devant les chutes américaines (plus impressionnantes vues d’en bas, mais pas non plus éblouissantes), mais en avant vers les chutes canadiennes. Petit à petit, elles grandissent face à nous, mur d’eau grondant, menaçant, avant de nous encercler quasiment parfaitement lorsque nous nous trouvons au plus près du fracas de l’eau. Se retrouver là, minuscule au centre de ce fer à cheval, est une expérience incroyable. En quelques minutes, j’en viens à regretter mon jugement hâtif formulé depuis la route.

De retour sur la terre ferme, après avoir mitraillé les chutes depuis la plate-forme d’observation de Maid of the Mist, je suis accueilli par mon ami Nathanael, qui habite et travaille non loin de Niagara et a pris sa journée pour venir me voir (c’est la première fois que nous nous voyons après 15 ans d’échanges sur Internet, ça aurait été dommage qu’on se rate !).

Nous marchons un peu dans le parc – tiens, une statue de Nikola Tesla, qu’est-ce qu’il fait là ? – jusqu’à une autre attraction baptisée Cave of the Winds.

Elle consiste, après un petit film sur l’histoire des chutes, à descendre dans un tunnel qui mène au pied des chutes américaines. Là, un ponton en bois permet d’approcher au plus près des chutes (l’imperméable et les sandales sont fournis !), voire pour les plus courageux ou les moins frileux d’aller se faire arroser sous le Voile de la mariée (l’imperméable ne sert plus à rien). C’est également une excellente et amusante expérience, que je recommande chaudement. Par contre, malgré le nom Cave of the Winds, il n’y a pas de grotte : celle-ci, qui se trouvait derrière les chutes et a été à l’origine de l’attraction, s’est effondrée dans les années 1950.

Il existe beaucoup d’autres attractions à faire à Niagara, à tel point qu’il est difficile de faire son choix. Quelques infos en vrac : la croisière Hornblower est la même chose que Maid of the Mist, mais part du côté canadien ; le Journey behind the fall permet de descendre par un tunnel derrière les chutes canadiennes (ça ressemble un peu à Cave of the Winds, si j’ai bien compris) ; la vue depuis Skylon Tower est plutôt réputée s’il fait beau ; et la tyrolienne a l’air tellement mal organisée qu’après avoir lu les avis sur Google, je l’ai immédiatement enlevée de mon programme. Il y a aussi des téléphériques qui passent derrières les chutes canadiennes, mais ils étaient fermés lors de mon passage.

Après nous être séchés suite à notre passage à Cave of the Winds, Nat et moi décidons de marcher un peu en ville, à la recherche d’un restaurant. Nos pas nous conduisent au casino, une véritable verrue dans le paysage avec ses néons, mais ses restaurants sont fermés. Il décide donc de me conduire vers chez lui, dans une petite bourgade américaine typique (avec les maisons en bois et les drapeaux américains flottant sur chaque porche), où nous déjeunons dans son restaurant préféré, un steakhouse excellent. Une promenade très sympa, car en tant que touriste, j’ai plus l’habitude de voir les grandes villes américaines que ces zones pas touristiques du tout. Merci Nat !

De retour à Niagara, côté canadien (il m’a fallu environ 7 secondes pour passer la frontière dans ce sens – d’ailleurs mon passeport n’a pas été tamponné ni là, ni quand je suis arrivé à Montréal, c’est normal ? Le Canada a rejoint la zone Schengen ?), je vais me reposer à l’hôtel, avant de revenir près des chutes au crépuscule. Le parc de la Reine Victoria, le long de la gorge, offre une promenade très agréable, avec de multiples points de vue sur les chutes américaines et du Fer à Cheval, jusqu’à Table Rock, juste au bord des chutes. Là aussi, elles sont logiquement plus imposantes que vues de loin !

Le soir, les chutes sont illuminées de jeux de lumière (j’ai même eu le droit à un petit feu d’artifice au-dessus des chutes américaines, mais personne ne savait pourquoi – peut-être en hommage aux victimes du 11 septembre ?).

C’est joli, mais un peu gâché par la vapeur d’eau qui s’accumule en une sorte de brouillard devant les chutes. Des chercheurs ont calculé que ce phénomène naturel est accentué par les bâtiments construits du côté canadien, qui bloquent les vents et empêchent ce brouillard de se dissiper. Ils ne voient malheureusement aucune solution à ce phénomène qui réduit la visibilité des chutes. J’en ai bien une, de solution, mais je ne suis pas sûr qu’elle plaise aux propriétaires de ces immeubles. Elle ne nécessiterait que quelques explosions contrôlées.

Il est ensuite temps pour moi d’aller me coucher, après une journée qui aura commencé par une déception, avant de se poursuivre par un émerveillement continu. Le lendemain matin, après une dernière promenade le long de Victoria Park, il est temps pour moi de remonter vers Montréal, où m’attend mon vol pour Paris.

Prochaines chutes sur ma bucket list : Iguazu, Yosemite et les chutes Victoria !