Comment j’ai failli ne pas voir Salto Angel, la plus haute chute d’eau du monde (7e jour au Venezuela)

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Salto Angel, la plus haute chute du monde, se mérite. Il faut savoir quand s’y rendre, et avoir un peu de chance.

Samedi 23 avril

Kerepakupai Vená, « l’eau qui chute de la plus haute pierre ». Les indiens pémons qui lui ont donné ce nom ne se doutaient sans doute pas que la cascade qu’ils avaient devant les yeux était effectivement la plus haute de la terre. Et ce, peu importe comment on la mesure : hauteur totale (979 mètres) ou plus haute chute d’eau sans interruption (810 mètres).

Cette chute s’élance depuis Auyantepuy, un immense plateau de 700 kilomètres carrés. Elle a été « découverte » (si l’on oublie le fait que les autochtones la connaissaient) par Jimmy Angel en 1937. Ce pilote un brin fou était, comme bien d’autres, à la recherche de la richesse, sur cette terre du mythique El Dorado, lorsqu’il repéra Auyantepuy. Son attention fut attirée non pas par la chute, mais par une rivière à la teinte argentée. Forcément de l’or !

Sûr de son coup, Jimmy retourna en ville, embarqua sa femme et du matériel de traitement de l’or et de l’argent et remis le cap sur la montagne… Où il se crasha ! Il lui fallu onze jours d’expédition pour tomber sur une communauté indigène, qui le ramena à la maison.

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Une copie de l’avion de Jimmy Angel.

Un peu plus tard, alors qu’il racontait son histoire dans un bistrot, un cartographe l’entendit et lui demanda de le conduire à cet endroit, pour qu’il puisse mesurer cette fameuse chute. Jimmy, qui ne voulait pas lâcher son secret, se laissa convaincre par le cartographe. Ce dernier lui promis de donner son nom à la chute. D’où le Salto Angel, qui contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne signifie pas « saut de l’ange ».

L’avion d’Angel fut récupéré en 1957 et est maintenant exposé dans un musée. Une réplique est installée devant l’aéroport de Ciudad Bolívar.

Y accéder par la rivière

Comme je vous l’expliquais dans le billet précédent, il est possible de se rendre à Salto Angel en Curiaca. Le voyage dure environ 4 heures, suivies d’une heure de marche à travers la jungle. Deux campements situés au pied de la chute permettent de s’y reposer et de dormir dans un hamac bercé par le son de la cataracte.

Cela n’est toutefois possible que lorsque la rivière pour y accéder est suffisamment pleine. C’est généralement le cas de mai à janvier, avec une chute à son maximum de juin à septembre. En arrivant à Canaima le 22 avril, j’ai donc pris un risque, et j’ai perdu. Pas assez d’eau, repassez un autre jour.

Un survol en avion

IMG_2044Puisque je n’ai pas pu accéder à Salto Angel en bateau, j’ai décidé d’effectuer un survol en avion. Ça dure 40 minutes et ça coûte 80 dollars, ce qui au prix du kérosène (0,006 euro par litre) est plutôt cher payé. Mais bon, c’est mieux que d’avoir parcouru 9.000 kilomètres jusqu’ici et de repartir sans la voir. Disons, un plan B.

Le survol de la chute est possible toute l’année, à condition de trouver un pilote pour y aller… Et surtout d’autres passagers pour financer le vol. Car 80 dollars, c’est le prix par tête de pipe, comme je l’apprendrai en arrivant à l’aérodrome de Canaima le 23 avril.

« Toujours ok pour le survol en avion ? Pour 80 dollars ? ». Oui, bien sûr. « Parfait, voici ton pilote. Il n’y a plus qu’à attendre. » poursuit-il. Attendre quoi ? Y’a un horaire précis ? « Attendre qu’il y ait quatre personnes. L’avion ne part pas sinon, sauf si tu veux payer 320 dollars. » Ah. En une semaine, je n’ai pas encore croisé d’autres touristes au Venezuela, et je suis censé « attendre » que trois personnes arrivent pile maintenant ?

Je suis un peu irrité.

Du coup, je vais me promener.

Bon, ça va mieux.

Nous disions donc ?

Comment, deux Allemands débarquent tout juste à Canaima et faut que j’essaye de les convaincre de casser leur tirelire à peine ont-ils posé le pied ici ? Aucun problème. En plus, le pilote se sent d’humeur généreuse et accepte que nous montions seulement à trois. Si nous payons pour quatre, bien sûr.

Décollage immédiat, nous commençons par survoler la lagune aux sept chutes.

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Puis, en une quinzaine de minutes, nous nous rendons jusqu’à Auyantepuy en survolant les différentes zones sur lesquelles j’ai navigué la veille. Mayupa, Isla Orchidea… Le paysage est superbe et permet de mieux prendre conscience de l’immensité de la jungle, que l’on ne réalise pas vraiment au raz de l’eau.

Les masses des Tepuy apparaissent. Puis, un trou dans la couverture nuageuse. La voilà enfin, Salto Angel.

C’est beau.

Une beauté qui fait oublier les désagréments d’accès, mais aussi les nombreux nuages – et la pluie – qui gâchent le paysage.

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Le pilote effectue quelques cercles devant la chute, pendant une quinzaine de minutes. Ça nous permet de plus ou moins la voir se découvrir en fonction des nuages, mais aussi d’observer les environs, où l’on peut aussi apercevoir d’autres chutes. La plupart ont, en cette fin d’été, un débit faible.

Sur le chemin du retour, le pilote vole au plus près d’Auyantepuy afin que nous puissions mieux observer son sommet. Conan Doyle avait définitivement vu juste : on dirait vraiment un autre monde, mythique.

Lire les jours 7 et 8 : La charmante ville coloniale de Ciudad Bolívar

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Commentaires (3)

  1. superbes photos !
    Clairement cela autait dommage de louper cela..
    Je suis impressionné par les chiffres que tu donnes sur la hauteur de cette chute d’eau, difficielement concevable dans nos pauvres contrées :p
    En tout cas, magnifiques paysages, merci pour ce partage 🙂
    PS: allez tu peux le dire maintenant, as tu vu un Dabou ?…

    1. Pour nos « pauvres contrées », ça dépend si on compte La Réunion, où deux chutes dépassent 600 mètres de hauteur (le Trou de fer et la Cascade blanche)! En métropole, quelques unes dépassent les 400 mètres dans les Alpes et les Pyrénées 🙂

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