Jour 3 : Une journée à Sienne

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Dimanche 5 avril

J’ai prévu d’aller à Sienne avec le bus de 10:10 (qui circule en théorie « tous les jours »), mais il ne circule pas aujourd’hui, dimanche de Pâques. Je prends donc un billet de train (11h10) qui, par chance, est direct et ne me fera donc pas perdre trop de temps.

En attendant, je vais faire un tour dans le quartier de la gare Santa Maria Novella.

Mes pas me mènent d’abord à l’église Ognissanti (« de tous les saints ») des frères franciscains, bâtie en 1561. L’intérieur vaut le coup d’œil, en particulier le superbe plafond en trompe-l’œil. C’est aussi ici qu’est inhumé le peintre Botticelli.

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Juste en face de la gare se trouve la Basilica di Santa Maria Novella, dotée d’une belle façade gothico-renaissance datant du XVe siècle.

Elle est normalement fermée aux touristes ce dimanche (et quand elle est ouverte, la visite est payante) mais, grâce à ma tête d’Italien et au fait que je ne me promène pas avec un selfie stick, j’y rentre sans problème, puisque la messe va commencer.

Après en avoir rapidement fait le tour, et notamment observé la Trinité (1427) de Masaccio, l’un des premiers exemples de fresques prenant en compte la perspective, je ressors avant que l’office commence et me rend à la gare.

La ville de Sienne est située à environ 80 kilomètres au sud de Florence. Surnommée « la Venise sans eau » par Dickens, Sienne est aujourd’hui extrêmement touristique. Il faut dire qu’elle a su conserver intacte sa splendeur passée, la transformant en une « Pompéi du Moyen-Âge ».

À la descente du train, vingt minutes de marche me mènent à la Piazza del Campo, le cœur de Sienne. Cette place en forme de coquille Saint-Jacques est réputée pour être l’une des plus belles d’Italie. C’est ici que se déroule deux fois par an les fameuses courses du Palio, lors desquelles les différents quartiers de la ville s’affrontent à cheval.

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La place est dominée par l’ocre Palazzo Pubblico, qui abrite l’hôtel de ville ainsi que le Museo Civico.

Je commence par visiter ce dernier, qui permet d’observer un ensemble impressionnants de fresques du XIVe au XVIe siècles. Mention spéciale à la Maestà (1315) de Simone Martini, représentant la Vierge entourée d’apôtres et de saints.

La plus célèbre des fresques est celle d’Ambrogio Lorenzetti présentant Les effets du bon et du mauvais gouvernement. On y voit, d’un côté, une cité paisible où les citoyens travaillent et s’amusent ; de l’autre, la même ville en proie à l’insécurité, la maladie et l’abandon des cultures.

Le Palazzo Publico est coiffé d’un clocher de 102 mètres de haut. Au prix d’un petit effort, tant physique que financier (400 marches, 10 euros) on peut jouir à son sommet d’une vue exceptionnelle sur la ville et la campagne environnante.

En s’enfonçant dans les rues tortueuses à l’ouest de la Piazza, le visiteur arrivera devant l’une des plus belles façades italiennes : la cathédrale di Santa Maria Assunta. À une base romano-gothique (XIIIe siècle) s’est ajoutée une partie supérieure purement gothique (XIVe), agrémentée cinq siècles plus tard de mosaïques. La cathédrale en elle-même date du XII-XIIIe siècle. De style roman, elle est richement ornée. Même le pavement de marbre est finement sculpté.

À l’intérieur, une chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste contient une relique du saint et une statue réalisée par Donatello.

Autre salle intéressante : la Libreria Piccolomini, construite pour abriter la bibliothèque du pape Pie II. Ses fresques, peintes entre 1505 et 1507 et restaurées il y a quelques années, sont si éclatantes qu’elles semblent avoir été peintes hier.

Pour la petite histoire, Sienne a voulu construire au début du XIVe siècle le « plus grand édifice de la chrétienté ». L’idée était d’utiliser la cathédrale actuelle comme transept d’une cathédrale géante. Faute d’argent, le chantier a été abandonné : il reste aujourd’hui des colonnes de ce qui aurait dû être une nef de 50 mètres de long et une façade, plantée au milieu de nulle part, utilisée maintenant comme plateforme panoramique.

Face à la cathédrale s’étendent les bâtiments de ce qui fut pendant près d’un millénaire un hôpital. Depuis quelques années, la ville ambitionne d’en faire un des « plus grands musées d’Europe ».

Dès aujourd’hui, le Complesso Museale Santa Maria della Scala est un véritable écrin artistique, où il est fort facile de se perdre. Ceci dit, si le lieu est particulièrement intéressant, il n’en ai pas de même pour les collections, qui semblent d’ailleurs plus être un prétexte à l’exploration. On notera l’absence presque totale de textes explicatifs.

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IMG_5353Signalons toutefois une imposante collection de reliques, qui pourrait être la plus grande au monde. Le clou du spectacle est l’un des clous qui auraient servi à crucifier Jésus, relique qui a appartenu à l’empereur Constantin. Le musée se targue aussi de posséder un fragment de ceinture de la Vierge et une fiole contenant « le sang du Christ ».

Euh, le sang du Christ ? Et c’est exposé là comme un vulgaire bibelot ? Vous devriez plutôt l’envoyer dans un labo pour faire un test de paternité.

La sainte patronne de l’Italie et de l’Europe, Catherine, est née à Sienne en 1347. La ville compte donc de nombreux témoignages de la mystique, canonisée en 1461.

D’abord, sa maison natale, devenue un sanctuaire. On y voit la chambre natale de la sainte et l’église où elle reçut ses stigmates, en 1375.

Un peu plus loin se dresse la basilique de Saint Dominique, austère édifice dominicain, où sainte Catherine eut ses extases à vingt ans. Sa tête est conservée dans un reliquaire.

Plus prosaïque : la vue d’ici est superbe.

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Dernière visite de la journée, la basilique de Saint François. Là encore, un austère bâtiment très dépouille, à la taille impressionnante. C’est ici que le Requiem de Verdi a été joué pour la première fois.

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En 1730, 223 hosties furent volées dans la sacristie, avant d’être retrouvées. Elles font exposées depuis maintenant près de 300 ans et les Siennois voient dans leur parfaite conservation la preuve d’un miracle. Personnellement, je pense que c’est comme pour le burger de McDonalds qui ne pourri pas : une question d’absence d’humidité.

Avant de partir, je goûte le panforte, spécialité locale ayant la consistance du nougat, et surtout des ricciarelli, des petits gâteaux aux amandes. Un délice ! Ça fait du bien d’ingurgiter une sucrerie : il ne pleut pas aujourd’hui, mais je lutte contre le vent et le froid. J’espère que la météo sera plus clémente lors de mon prochain séjour en Italie, prévu à la fin du mois.

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À 18h47, je monte dans le train pour Florence… Où je fais une dernière promenade au clair de Lune.

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