Jour 6 : Pompéi et Herculanum

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Jeudi 30 avril

« Ce n’était pas seulement une nuit sombre et chargée de nuages, mais l’obscurité d’une chambre où toutes les lumières seraient éteintes. On n’entendait que les gémissements des femmes, les plaintes des enfants, les cris des hommes. L’un appelait son père, l’autre son fils, l’autre sa femme ; ils ne se reconnaissaient qu’à la voix. Celui-ci s’alarmait pour lui-même, celui-là pour les siens. On en vit à qui la crainte de la mort faisait invoquer la mort même. Ici on levait les mains au ciel ; là on se persuadait qu’il n’y avait plus de dieux, et que cette nuit était la dernière, l’éternelle nuit qui devait ensevelir le monde ».

Lettre de Pline Le Jeune (61-114) à Tacite sur les évènements du Vésuve Le Jeune

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24 août 79. À midi, une forte explosion retentit et un énorme nuage de matière volcanique sort du cratère du Vésuve, dont la silhouette surplombe la Campanie. Dans les heures qui suivent le panache atteint 25 kilomètres d’altitude. Une pluie de cendre et de fragments de lave tombe sur Pompéi. Les toits des maisons commencent à s’effondrer sous le poids des débris.

En milieu de nuit, alors que la ville voisine d’Herculanum a déjà disparu, des nuées ardentes atteignent Pompéi et tuent les derniers survivants, ceux qui n’avaient pas encore péris asphyxiés par les cendres. Puis une coulée de lave frappe la ville à grande vitesse, arrachant les étages des bâtiments.

La pluie noire continue et fait disparaître Pompeï pour 18 siècles.

D’une superficie de 66 hectares (dont une cinquantaine a été fouillée), Pompeï est certainement le plus remarquable site archéologique antique au monde. Nulle part ailleurs n’a-t-on retrouvé une ville dont le plan apparaît toujours si clairement, et où les grands monuments ont été préservés.

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Facilement accessible depuis Naples, le site demande du temps pour le visiter. L’audioguide (très bien réalisé) propose des parcours de deux, quatre ou six heures, mais ces durées n’ont pas grand sens, car un très grand nombre de bâtiments voire de secteurs sont fermés à la visite (sans que l’on sache trop pourquoi). Au total, j’ai passé cinq heures sur place.

Il est impossible de lister l’ensemble des points d’intérêt de la zone, tant ils sont nombreux. Parfois, c’est simplement un magasin, dont le comptoir préservé nous apprend comment fonctionnaient les restaurants de l’époque. Ailleurs, ce sont les logements avec leurs larges atriums, jardins intérieurs ou leurs fresques aux couleurs toujours aussi vives (même si la plupart ont rejoint le musée d’archéologie de Naples).

Parmi les lieux les plus intéressants, citons les thermes suburbaine (dont les fresques érotiques dans le vestiaire ont fait scandale lors de leur découverte, en 2001), le lupanar (dont les fresques, là aussi, ne laissent pas grand chose à l’imagination) ou la villa des mystères.

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Cette dernière, située en dehors de la ville, compte parmi les bâtiments les mieux conservés et possède d’extraordinaires peintures, dont la fameuse « frise des mystères » qui lui a donné son nom.

De temps en temps, dans une pièce, on tombe sur l’un des célèbres « corps gris » de Pompeï. En fait, il ne s’agit pas de corps mais de moulages. Lors des fouilles, les ouvriers tombaient parfois sur des cavités avec des os. L’archéologue en chef a eu une idée de génie : remplir ces cavités avec du plâtre, attendre qu’il durcisse puis retirer la cendre autour. Il avait compris que ces trous étaient l’emplacement des corps, qui se sont décomposés après que la lave les recouvrant a durci.

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Quelques objets et statues sont aussi présentés au public, mais il s’agit la plupart du temps de copies. Le site de Pompeï étant en piteux état et gravement menacé (par les intempéries et le trop gros nombre de visiteurs), c’est sans doute plus sage.

Situé entre Pompeï et Naples, Herculanum était en 79 un port de pêche de 4000 habitants. La catastrophe a ici pris une autre chose qu’à Pompeï : pendant l’éruption, la ville -plus proche du volcan- a été engloutie par une coulée de boue de 16 mètres de hauteur.

La conséquence, c’est qu’Herculanum n’a pas été détruite comme Pompeï, mais « fossilisée ». Après sa redécouverte, en 1709, on y trouva jusqu’à une miche de pain !

Du coup, plus encore qu’à Pompeï, on a vraiment l’impression de visiter un village fantôme, avec ses maisons à étages presque intactes. Certaines fresques sont incroyablement bien conservées (parmi celles qui n’ont pas été retirées au XVIIIe et XIXe siècles pour orner les maisons de riches Napolitains) et des habitations conservent encore leurs poutres ou escaliers en bois.

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Je suis content d’avoir visité les sites dans cet ordre, car ça m’a sans donc permis de chacun mieux les apprécier. Car si en arrivant à Herculanum, je me suis dit « oh, c’est tout petit », j’ai ensuite été émerveillé de découvrir la qualité du site.

En plus, sa taille permet de s’y promener sans avoir peur de rater quelque chose à chaque instant. Seul (légère) déception : les thermes suburbaines, réputées pour être les mieux conservées de l’époque, sont fermées au public.

Ce qui est à la fois triste et enthousiasmant, c’est que ce site n’est qu’une partie de la ville antique : le reste git encore sous les seize mètres de dépôts volcaniques sur lesquels a été construite la ville moderne. Le long bâtiment qui entourait le forum a ainsi été visité au XVIIIe siècle grâce à des tunnels ! Il reste donc encore beaucoup à découvrir… Bien qu’il sera sans doute impossible de donner un grand coup de bulldozer dans la ville moderne, pourtant tellement moche qu’elle ne manquerait à personne.

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En rentrant à Naples, je vais dîner dans une des pizzerias de la ville. C’est ici que ce plat a été inventé, et ici qu’il est -parait-il – le meilleur. Celle que je mange est si délicieuse qu’elle redéfinit dans ma bouche le concept même de pizza. Et pour un prix dérisoire, en plus.

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