Terre habitée la plus au nord du monde, l’archipel de Svalbard est d’une beauté surréelle, que le froid polaire ne fait qu’exacerber.

« Bienvenue au Svalbard. Le temps est superbe, avec seulement quelques nuages. La température est un peu fraîche : -18°. » Le message du capitaine, alors que nous débutons notre descente vers Longyearbyen, m’amuse : -18°, c’est frais ? On peut le dire : c’est glacial, oui ! À ce moment, hypnotisé par la beauté du désert de glace qui défile sous nos ailes, je ne réalise pas encore à quel point j’ai raison. Ces quatre prochains jours, je découvrirai ce qu’est vraiment le froid.

Le Svalbard est la terre continuellement habitée la plus septentrionale du monde (il existe quelques bases plus au nord, mais elles n’abritent que des chercheurs et militaires, qui ne se les gèlent qu’en CDD). Son statut est particulier : l’archipel – dont l’île principale s’appelle Spitzberg – est administré par la Norvège, mais est considéré depuis 1920 comme un territoire neutre. N’importe qui peut venir et décider de s’y installer pour en exploiter les ressources ou ouvrir une entreprise. Seuls les Russes l’ont fait (sous l’URSS, leur population dépassait celle des Norvégiens) et ont construit deux villes désormais quasiment fantômes : Pyramiden et Barentsburg. La neutralité du territoire est une aubaine pour les habitants, car cela signifie qu’ils ne payent aucun impôt à la Norvège et se contentent de régler les impôts locaux, et ce bien que le royaume soutienne à bout de bras l’existence de cette terre désolée ! Pour moi, touriste, ce statut implique que je n’aurai pas de tampon dans mon passeport : n’arrivant dans aucun pays, mon identité n’a pas été contrôlée à l’arrivée. Ca veut aussi dire que je peux y rester aussi longtemps que je veux, mais vu le coût de la vie sur place, je n’ai pas l’intention de m’y installer. Pour d’autres, cette neutralité est plus intéressante, car elle signifie qu’il n’y a pas besoin de visa de travail : il y aurait donc environ 400 thaïlandais sur l’île (femmes de ménages, cuisiniers, etc.).

La première femme à avoir posé le pied au Svalbard est Léonie d’Aunet. Elle était l’unique femme sur le navire La Recherche, qui mena une expédition en 1838-1839. Elle publia à son retour Voyage d’une femme au Spitzberg et devint une des maîtresses de Victor Hugo. Elle fut envoyée au couvent par son mari à cause de ça, mais l’épouse de Victor Hugo lui apporta son soutien, trop heureuse de voir une concurrente à Juliette Drouet, l’autre maîtresse du romancier.

█ Longyearbyen : une communauté 76° Nord

L’archipel de Svalbard aurait été découvert au treizième siècle par les trappeurs russes – sa découverte « officielle » date de 1596 – et sa faune terrestre et marine a été immédiatement et impitoyablement exploitée (les baleines pour leur graisse, les ours et renards polaires pour leur peau, les morses pour leurs défenses…), mais c’est au début du vingtième siècle que les premiers colons sont arrivés. Leur but : exploiter les réserves de charbon de l’île. Le premier industriel local était John Longyear, venu ici en touriste. Il rencontra deux prospecteurs persuadés que l’île regorgeait de charbon et leur dit que, justement !, il bossait dans le charbon aux Etats-Unis. Il ramena un échantillon dans son pays natal et les analyses montrèrent qu’il était d’excellente qualité. En 1906, la première mine ouvrit. Longyear vendit son entreprise dix ans plus tard au gouvernement norvégien qui fonda l’Arctic Coal Company : plusieurs autres mines ouvrirent et Longyearbyen (littéralement, « la ville de Longyear ») pris son essor.

Elle compte aujourd’hui environ 2100 habitants, sur les 2500 de l’archipel. Ils cohabitent avec 3000 ours polaires ! Plus grande localité de la région, Longyearbyen possède tout le confort moderne nécessaire : une école, un hôpital, une université (spécialisée dans les études polaires), des restaurants, un centre commercial, des galeries d’art, et même une micro-brasserie – dont l’IPA est excellente ! Évidemment, quasiment toutes ces entreprises s’amusent du fait d’être « le machin le plus au nord du monde ». Même l’unique distributeur de billets de la ville l’affiche fièrement.

Vu sa taille, la visite de la ville se fait très rapidement. Outre l’église (la plus au nord du monde, donc !), il y a deux musées très réputés : le musée de Svalbard, qui raconte l’histoire de l’île, et le musée des Expéditions polaires. Je n’ai toutefois pas eu le temps de les visiter, mes journées étant chargées d’activités.

Il est interdit par la loi de naître ou de mourir à Longyearbyen ! D’une part car l’hôpital n’est pas équipé pour gérer la gériatrie ou la pédiatrie, mais aussi car la température empêche les corps de se décomposer. Des scientifiques ont analysés des corps enterrés en 1917 après une épidémie de grippe : le virus est toujours présent. Autre loi étonnante : il est interdit de posséder un chat – pour éviter les maladies et pour protéger les oiseaux.

█ Balade dans la vallée avec des chiens de traîneaux

« Arctic dog sledding », avec Svalbard Husky SA – 11 mars 2019 à 15:30.

Arrivé à l’auberge de jeunesse à 15h25 – car mon avion était en retard – j’ai à peine le temps de me changer qu’une jeune femme vient me chercher pour la première activité du séjour : une promenade en chiens de traîneaux. Pour des raisons pratiques et de sécurité, les organisateurs des excursions font le tour des hôtels pour récupérer les personnes inscrites. Il est en effet interdit de s’aventurer hors de la ville sans guide armé, à moins de passer soi-même son permis et de louer une arme, à cause du risque d’attaque d’ours. Les habitants portent un pistolet à fusée éclairante, pour faire peur aux animaux s’ils approchent, et un fusil pour les abattre en dernier recours. Il est très rare que les ours approchent de la ville, mais une femme a été tuée non loin en 1995 : c’est depuis cette date que le port d’arme est obligatoire. Comme dit le proverbe : mieux vaut prévenir que se faire bouffer par un ours.

La guide, Rachel, nous récupère les uns après les autres dans les hôtels de la ville (nous sommes 5, dont un ingénieur de la Nasa) avant de nous conduire au siège de l’entreprise pour nous équiper. Les organisateurs d’excursions ont obligation de fournir aux touristes l’équipement minimal pour une sortie : une combinaison, une chapka, des gants et des bottes. Cet équipement est à enfiler par dessus nos propres vêtements, qui ne seront en aucun cas suffisamment chaud pour une sortie.

Notre troupe à l’allure de bibendum se rend ensuite à la sortie de la ville, où se trouvent les chenils des différentes sociétés – ainsi qu’un chenil géant pour les chiens possédés par les habitants de la ville, car il est interdit de conserver ses chiens de traîneaux à domicile (à cause des nuisances, notamment sonores…).

Nous passons alors quelques instants à faire connaissance et caresser les chiens, avant de les harnacher et de préparer les traîneaux. Les deux couples qui m’accompagnent forment chacun un attelage (avec un conducteur et un passager) tandis que je m’installe sur le traîneau de tête, avec la guide – nous alternerons les rôles également. La promenade est une simple boucle dans la vallée, mais quelle beauté ! Dans un silence presque total, nous glissons sur la glace sous un ciel pastel, un nuancier de couleurs d’un soleil qui n’en finit pas de se coucher.

Cette première excursion de quelques heures me permet de faire deux constats :
– je ne suis pas habillé assez chaudement. Dès le lendemain, je mettrai systématiquement deux collants thermiques, deux paires de chaussettes et une paire de gants sous les gants proposés par les organisateurs. Je ne suis pourtant pas frileux de base, mais le froid polaire est quelque chose qu’il faut avoir expérimenté pour comprendre. Au bout de deux heures dehors, je ne sentais plus mes orteils ni mes doigts et commençais à me demander à quel moment il y a un risque de gelures…
– La durée de vie de mon iPhone à cette température est de quelques minutes seulement. Les appareils Samsung résistent un peu plus longtemps au froid (les iPhones sont les pires téléphones pour ça), mais tous les appareils finissent par lâcher : mon appareil photo a refusé de lire sa carte SD à cause du froid et même ma montre s’est arrêtée. Je n’aurai jamais imaginé ça possible ! Une astuce m’a été donnée par un guide : caler une chaufferette entre la coque du téléphone et sa batterie, pour la maintenir au chaud.

Après cette sortie, et déjà conquis par le séjour, je descends au Svalbar (le bar le plus au nord du… oui, bon, j’arrête) goûter la bière locale et me rassasier d’un burger. J’ai le droit, non ? Mon corps a besoin de calories pour lutter contre le froid !

█ Une journée de promenade avec les chiens de traîneaux vers une grotte de glace

The ultimate Svalbard experience – Combine dog sledding with an ice cave, avec Arctic Husky Travellers – 12 mars 2019 à 9h.

Une autre journée de chien de traîneaux, mais cette fois sur une plus longue distance. Rétrospectivement, c’est certainement la plus belle activité de mon séjour et même l’une des plus belles de l’ensemble de mes voyages. La raison est la passion et l’amour que Tommy, le patron d’Arctic Husky Travellers, porte à ses chiens (ses « bébés » comme disent certains de ses concurrents de manière condescendante, alors que je trouve au contraire que c’est une bonne chose). C’est une petite entreprise familiale avec seulement une trentaine de chiens (le plus gros opérateur de l’île en compte 300…) dont la plupart ont déjà réalisé des expéditions au Pôle Nord ou couru l’Iditarod, la plus longue course de chiens de traîneaux (1800 kilomètres) en Alaska.

Nous sommes sept à nous retrouver chez Tommy – une jolie maison loin dans la vallée, sans eau courante ! – pour nous équiper et faire connaissance avec les chiens, avant de partir en expédition.

Notre groupe se compose de quatre attelages : celui de tête (13 chiens) avec Tommy et deux passagers, suivi de deux binômes, tandis que je m’installer avec Anja, notre deuxième guide, dans le dernier. L’avantage de voyager seul, c’est que je me retrouve souvent avec les guides, ce qui permet de discuter plus longuement. Anja est une Danoise venue étudier en Norvège, qui en a profité pour faire une année d’étude au Svalbard. Mais ce qui ne devait durer qu’un an s’est prolongé : ne pouvant se résoudre à abandonner ses meilleurs amis, les chiens, elle s’est installée ici il y a quatre ans. C’est assez long à l’échelle du Svalbard : en moyenne, les jeunes y restent 2,5 ans. Chaque année, 25% de la population de Longyearbyen est renouvelée.

Dans le soleil levant, nous entamons l’ascension de la moraine vers l’un des nombreux glaciers de la région. Si globalement la promenade est tranquille – nous avançons à une allure de 10-15 km/h environ – quelques passages sont physiques car il faut aider les chiens à tirer le traîneau lorsque la pente est trop raide. Pousser un traîneau en côte, ça tient chaud, je vous le garantis !

Après environ 90 minutes de trajet, nous arrivons à notre destination : l’entrée d’une grotte découverte par Tommy dans le glacier. Nous détachons les chiens pour qu’ils se reposent, tandis que l’on se sépare en deux groupes pour déjeuner et visiter la grotte.

Avec Anja et un couple de français, nous commençons par déjeuner. Au menu : soupe de renne ! Pour nous protéger du froid, on s’installe dans un igloo : la température y est bien plus douce, de l’ordre de -5°. Je vais un peu tuer la magie du moment et vous dévoiler comment les habitants de Svalbard construisent leurs igloos : ils creusent un trou, y installent un gros ballon de caoutchouc qu’ils gonflent et recouvrent de neige. Le lendemain, quand la neige s’est solidifiée, ils dégonflent le ballon et le retirent par l’entrée.

Lorsque l’autre groupe revient, c’est à notre tour de descendre dans la grotte. C’est une sacré chance de n’être que quatre à l’intérieur et de profiter du silence et de la beauté de cet endroit dans le calme (une pensée pour mon frère et ma cousine qui ont visité une grotte de glace en Islande en même temps que deux cars de Chinois).

Le retour se fait cette fois dans un blanc quasi-total, de la neige aux nuages. C’est moins photogénique, mais tout aussi féerique. De toute façon, les photos en général et les miennes en particulier ne rendent pas justice à la majesté des paysages du Svalbard. C’est un peu frustrant, mais d’un autre côté, c’est une expérience qui se vit, pas qui se regarde, et des souvenirs inoubliables qui se créent.

Nous avions un photographe professionnel avec nous. Vous pouvez admirer son travail sur www.roomoflight.com. J’espère bientôt voir ses photos de cette journée !

À notre retour chez Tommy, les chiens sont nourris (cette journée était pour eux une promenade de santé ; lors d’une course ils peuvent parcourir 180 km en une journée et brûler 10.000 calories) et choyés, puis il est temps pour nous de rentrer… C’est un peu de ma faute : sachant que l’excursion devait finir à 16h, j’en ai réservé une autre à 17h. J’ai prévenu Tommy à 16h30 qu’il faudrait penser à me ramener à mon hôtel… Quand je vous disais qu’il est passionné !

█ Promenade nocturne sur Platåfjellet, le plateau surplombant Longyearbyen

Svalbard Panorama, avec Svalbard Wildlife Expeditions. 12 mars 2019 à 17h.

A peine Tommy me dépose-t-il que Kristian arrive me chercher, alors que je m’étais déchaussé pour aller boire un peu d’eau à l’auberge (au Svalbard, il faut se déchausser lorsqu’on rentre quelque part, une tradition qui vient de l’époque où les mineurs ne voulaient pas mettre du charbon partout). « Désolé, je suis un peu en retard », m’excuse-je. « Nous avons tout notre temps, il n’y a que nous ce soir », me répond le jeune homme. Alors ça c’est une bonne nouvelle ! D’une part parce qu’une excursion privée, c’est toujours sympa, mais aussi et surtout parce que la plupart des opérateurs de l’île annulent les excursions s’il n’y a pas au minimum deux personnes. Et en mars, les touristes ne se bousculent pas au portillon ; j’ai donc connu trois annulations lors de mon séjour (ce qui explique que j’ai fait deux fois du chien de traîneaux et pas de motoneige : mes excursions motorisées ont été annulées).

Kristian me tend des crampons et d’une lampe frontale, vérifie que je suis habillé suffisamment chaudement pour la marche (tout était ok, sauf mes gants : j’ai dû utiliser des chaufferettes car au bout de quelques minutes, je ne sentais plus mes doigts) et nous nous mettons en route à partir de l’église de Longyearbyen, ouverte 24 heures sur 24.

 

En trois heures environ, nous allons faire un aller-retour au sommet du Platåfjellet (« la montagne plateau ») qui surplombe la vallée à environ 420 mètres d’altitude. Kristian charge son fusil et nous partons. À mesure que nous montons, il m’explique l’histoire de l’île et des différents bâtiments. On voit notamment tout autour de Longyearbyen des pylônes qui servaient autrefois à transporter le charbon des mines vers le port. Ils gâchent un peu la vue, si vous voulez mon avis, mais sont considérés comme des monuments historiques et ne peuvent être démontés. D’ailleurs, tout ce qui date d’avant la seconde guerre mondiale est automatiquement un monument historique au Svalbard.

La vue est, une fois encore, impressionnante. Cette fois, le ciel est d’un bleu profond et les lumières de la ville s’allument une à une, contrastant avec les montagnes d’un blanc laiteux.

 

Les mineurs portent tous un surnom, c’est la tradition. Il y a quelques années, l’un d’eux était surnommé Porn, car il avait la plus grande collection de films pornographiques de l’île. Un soir, il a mis son rétroprojecteur à la fenêtre et utilisé la montagne comme un écran pour diffuser un film coquin. Suite à ce coup d’éclat, les autorités ont eu l’idée de projeter ainsi des films lors d’événements spéciaux. La Reine des Neiges l’a été récemment.

█ Une journée de croisière en brise-glace vers le glacier Nordenskiöld

« Fjord-cruise towards Nordenskiöld Glacier & Pyramiden », avec Henningsen Transport & Guiding, le 13 mars à 8h30.

Un (petit) coup de gueule pour commencer. Cette excursion s’appelle « croisière vers le glacier Nordenskiöld et Pyramiden », mais il est précisé dans le description que les organisateurs se réservent le droit d’annuler la visite à Pyramiden s’il y a trop de glace pour accoster. Or, j’ai appris sur place que le « trop de glace pour accoster » n’est pas un événement exceptionnel : c’est le cas tout l’hiver, jusqu’à la mi-juin ! J’ai réservé la croisière principalement pour cette visite (forcément, une ville fantôme avec une statue de Lénine au milieu…) et je trouve qu’ils pourraient au moins changer le nom de l’excursion en hiver. Certaines sociétés au Svalbard ont tendance à embellir un peu trop leur offre : il y a ainsi pléthore de « safaris aurores boréales » (alors que ce n’est absolument pas le bon endroit pour en voir, car nous sommes trop au nord : mieux vaut aller en Laponie) et de descriptifs mentionnant la possibilité de voir des ours polaires (alors que légalement, il est interdit de les chercher et il y a obligation, si l’on en voit un, de partir dans la direction opposée). « Le tourisme ici est un business concurrentiel », m’a dit un guide à qui je faisais remarquer que ces pratiques sont très limites (c’est mon côté journaliste à Que choisir).

Ceci étant dit, la journée en bateau était formidable.

Nous sommes partis au petit matin, dans un paysage ressemblant à une aquarelle, en direction du fjord Billefjorden. Une grosse partie de ce fjord est pris par la glace en hiver, mais notre bateau est prévu pour en briser une certaine épaisseur (30 centimètres environ). À l’heure du déjeuner, nous profitons d’un barbecue sur le pont : voilà qui est original ! Mon premier barbecue de l’année, alors que la température appelle plutôt une raclette ou une fondue.

Lorsque le navire ne peut plus avancer, nous descendons sur la banquise. Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie : entouré de deux glaciers, le fjord est aussi balayé par le vent. Il fait officiellement -25°, avec une température ressentie avoisinant les -40°. À une telle froideur (ça se dit ?), il est impossible d’enlever son gant plus de quelques minutes sans risquer la brûlure. Et là encore, l’électronique a toutes les peines du monde à rester allumé plus que quelques minutes.

Nous sommes à environ 6 km à vol d’oiseau de Pyramiden, qui était censé être le point d’orgue de la journée. Il s’agit d’une ancienne ville minière russe. C’est « le seul endroit au monde où le communisme a fonctionné » disent les gens d’ici (et là, y’a personne pour leur répondre « mais non, c’était pas le vrai communisme ! »). Pyramiden était en effet conçue pour être un petit paradis pour les mineurs, avec piscine olympique, complexe sportifs, appartements tout confort, etc. Seuls les meilleurs ouvriers étaient admis et ils en gardent un souvenir ému. La production minière et la vie de la ville ont subi trois crises qui ont précipité sa fin :
– la chute de l’URSS, qui a déréglé son approvisionnement
– la baisse de qualité (et donc de rentabilité) du charbon extrait
– un accident d’avion qui, en 1996, a fait 140 morts à Longyearbyen. Il s’agissait de mineurs et de leur famille. Cela représentait un quart de la population de la ville, qui ne s’en est pas relevée : quelques mois plus tard, les autorités russes ont débarqué en disant « c’est fini les gars, on repart » et la population s’en est allée du jour au lendemain, laissant tout sur place.

Le traité de Svalbard stipule que toute infrastructure laissée à l’abandon pendant dix ans passe sous l’administration de la Norvège. Neuf ans après l’évacuation de la ville, trois Russes ont donc débarqué et commencé à retaper un hôtel. Lorsque les Norvégiens leur ont demandé ce qu’ils faisaient là, ils ont répondu : « c’est la Russie, baby ». Logique. Depuis, ils sont les trois seuls habitants de Pyramiden. Et il parait que l’hôtel est plutôt agréable.

Sur le chemin du retour, nous voyons un bébé morse – sans défenses, donc. Nous avions vu un peu plus tôt des traces d’ours polaires, mais le roi de l’arctique ne s’est pas montré aujourd’hui.

L’an dernier, des enfants de Longyearbyen ont trouvé une combine marrante : ils ont vendus à des touristes des poils d’husky blancs en les faisant passer pour des poils d’ours. Fallait y penser !

█ Une descente dans la mine de charbon n°3

« Visit coal mine number 3 », avec Store Norske Spitsbergen Kullkompani – 14 mars 2019 à 9h

Dernière visite de mon séjour, choisie car elle me permet de filer ensuite directement à l’aéroport pour attraper mon vol de 14h45.

L’exploitation minière a pendant longtemps été le principal secteur économique du Svalbard. Sur les sept mines norvégiennes ouvertes au fil du temps, seule une (la n°7) est encore en activité aujourd’hui. Elle fournit les 25 tonnes de charbon utilisés annuellement par Longyearbyen et vend le reste à l’Allemagne. Cette dernière mine doit fermer prochainement, marquant la fin d’une époque pour Svalbard. Certaines mines ont connu des fins plus mouvementées, à l’instar de la n°1, qui a explosé en 1920, tuant une trentaine de personnes, ou la n°2, détruite par les Alliéss au début de la seconde guerre mondiale pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains des nazis. 450.000 tonnes de charbon sont partis en fumée lors de cette opération, durant laquelle 2000 mineurs soviétiques et 800 Norvégiens ont été évacués.

Saviez-vous que les derniers soldats nazis à s’être rendus à la fin de la seconde guerre mondiale étaient au Svalbard ? Les unités de l’opération Haudegen étaient parties en août 1944 avec pour mission de construire une station météo en Arctique (car connaître la météo dans ce coin du monde était primordial pour contrôler la route entre la Grande-Bretagne et l’URSS). Pendant un an, ils ont envoyé leurs bulletins, jusqu’à ce que le contact radio soit coupé le 7 mai 1945 – et pour cause, le Reich venait de tomber ! Le 4 septembre, quatre mois après la fin de la guerre, un bateau norvégien alerté par leurs messages de détresse vint les chercher et, après s’être officiellement rendus au capitaine, ils furent renvoyés au pays.

La mine numéro 3 a fermé en 1996, à la russe : un jour, la direction a débarqué et dit « rentrez chez vous, on ferme », en laissant tout en état. Ce qui a bien facilité les choses quand il a été décidé d’en faire un musée. Preuve de la rapidité de la fermeture, il y a toujours un train rempli de charbon qui attend d’être déchargé.

La mine comptait 150 employés, dont 11 femmes. Ils bossaient à quatre pattes pendant 7h30 par jour, dans des tunnels mesurant de 40 à 90 cm de hauteur. La visite, fort heureusement, ne nous oblige pas à le faire : après une visite des installations extérieures, on pénètre dans le tunnel principal, long de 4,5 km, qui traverse la montagne. Seule une petite section de 25 mètres peut se faire à genoux, si on veut.

La mine est fermée, mais ce n’est pas pour cela qu’elle n’est plus utilisée : à l’intérieur se trouve une banque de semences norvégiennes, installée pour savoir s’il était possible de conserver les graines sous le permafrost, ainsi que depuis peu le projet « Arctic World Archive » qui vise à étudier la faisabilité du stockage d’archives sensibles que les gouvernements ne souhaitent pas conserver sur des réseaux reliés à Internet. Le Mexique, le Vatican, le Brésil et la Norvège participent pour l’instant à l’expérience, mais inutile de préparer un casse pour aller découvrir des secrets d’Etat : pour cette phase expérimentale, seuls des contenus symboliques (livres, films…) ont été stockés.

Dehors, non loin de l’entrée de la mine, se trouve la Réserve mondiale de semences du Svalbard (Svalbard Global Seed Vault), une chambre forte souterraine ouverte en 2008 destinée à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète. Elle a été utilisée pour la première fois il y a deux ans, lorsque des graines syriennes ont été prélevées, suite à la destruction de la réserve de semences du pays lors d’un bombardement à Alep. Ce lieu ne se visite pas, mais il est possible de voir l’entrée.

Pour finir sur une note pessimiste : ne pensez pas que cette réserve va sauver l’humanité. En 2017, elle a été en partie inondée (sans endommager de graines) suite à la fonte d’une partie du permafrost, sous l’effet du réchauffement climatique. On est foutus.

█ Infos pratiques

  • Quel coût pour un séjour au Svalbard ?

Le coût d’un voyage au Svalbard est assez élevé, ce qui explique notamment pourquoi j’y suis resté seulement quelques jours. Il est surtout tiré par le prix des excursions.

NB : pour les prix suivants, j’ai simplement divisé par dix les prix en couronnes norvégiennes, ce qui correspond à quelques centimes près aux prix en euros.

Le vol est le poste de dépense le moins élevé : il est relativement facile de trouver des allers-retours à 150 euros depuis Oslo (rajoutez 100€ pour un Paris-Oslo) avec Norwegian ou SAS.

Le logement est plus élevé. J’en ai eu pour 160€ pour trois nuits (540 couronnes par nuit) en dortoir de 4 personnes à l’auberge de jeunesse Gjestehuset 102. Pour une chambre double, comptez au moins 150€ la nuit.

Les excursions sont très chères et il est difficile d’y couper, puisqu’il est déconseillé de sortir par soi-même de la ville. Il faut compter en moyenne 250 euros par jour et par personne, pour une activité d’une journée ou deux d’une demi-journée. A titre d’exemple, voici le prix de celles que j’ai réservées :
– la première sortie en traîneaux (4 heures) : 145 euros
– la journée en traîneaux avec grotte de glace (7 heures) : 259 euros
– la randonnée sur la montagne Plateau (3 heures) : 60 euros
– la croisière en bateau (10 heures) : 220 euros.
– la visite de la mine (3 heures) : 69 euros.
– excursion en motoneige vers une grotte de glace (4 heures, annulée une semaine avant le départ) : 79 euros.
– Excursion en motoneige vers Barentsburg (8 heures, annulée la veille du départ) : 280 euros.
– Safari Aurores boréales – qui était surtout l’occasion de sortir de la ville en pleine nuit, vu qu’il y a peu d’aurores dans le coin (2 heures, annulé la veille du départ) : 51 euros.

La nourriture et les dépenses courantes sont inférieures à celles en Norvège, du fait de l’absence de taxes. Voici quelques prix :
– pinte de bière Arctic : 6,4 euros au restaurant Kroa.
– 30cl de bière IPA de la micro-brasserie locale : 9,5 euros au restaurant Kroa.
– Burger : 17 euros au Svalbar ou au restaurant Kroa.
– Plat de viande ou poisson : 28 euros au restaurant Kroa (considéré comme un restaurant au bon rapport qualité/prix ; il y a aussi le Huset qui est réputé mais est hors de prix)
– Souvenirs : 3,5 euros pour un magnet au supermarché ; 0,7 euro pour une carte postale ; 2,1 euros pour un timbre pour l’Europe.
– Bus de l’aéroport au centre ville : 75 couronnes (7,5 euros) l’aller, 120 couronnes (12 euros) l’aller-retour.
– Taxi du centre de Longyearbyen à Gjestehuset 102 : 115 couronnes.

À ces postes de dépense s’ajoute celui de l’équipement, que je détaille plus bas, et qui représente aussi un petit budget.

  • Comment organiser un voyage au Svalbard ? Faut-il passer par une agence ?

Il y a bien sûr de multiples façons de voyager au Svalbard, et les voyages organisés par des agences sont l’une d’elles. Mais ce n’est pas obligatoire du tout. Pour faire des économies, il vaut mieux tout gérer par soi-même : c’est simple et pas cher du tout. J’ai réservé mon vol et auberge directement et, pour les excursions, j’ai utilisé le Svalbard Activity Calendar, qui liste une grande partie des activités disponibles en fonction des dates prévues du voyage. Le calendrier renvoie vers la centrale de réservation gérée par Visit Svalbard, l’office du tourisme de l’île. Attention, pour certaines activités, mieux vaut réserver en avance. Le prix est débité directement (et remboursé en cas d’annulation). La réservation est simplissime et il faut à chaque fois préciser où le guide doit venir vous chercher. À la fin, vous pouvez demander à être déposé où vous voulez.

  • Quel est l’équipement nécessaire ?

C’est sans doute le point le plus stressant avant de partir. Comment s’habiller ? Surtout qu’on n’a pas forcément envie de dépenser 600 euros de fringues pour un séjour de quatre jours…

Personnellement, j’avais de la chance d’avoir déjà une partie de l’équipement nécessaire suite à mes précédents voyages en Islande.

Pour le mois de mars, le mois le plus froid de l’année avec des températures oscillant pendant mon séjour entre -17 et -25° (-28 à -40° en température ressentie), j’avais, de bas en haut :
– une bonne paire de chaussures de randonnée quatre saisons, imperméable (achetée 200€ environ en 2012)
– une paire de chaussettes en laine, la plus chaude disponible au vieux campeur (35€, achetée en mars 2019). Après le premier jour où j’ai eu froid, je la doublait d’une paire de chaussette classique en coton de chez Le Slip Français (donc assez épaisse)
– Deux paires de collants Damart, enfilés l’un au-dessus de l’autre (achetés il y a probablement 30 ans et récupérés chez moi)
– Un pantalon de randonnée d’hiver avec intérieur en polaire (acheté en 2012 chez Decatlon)
– Un surpantalon en Goretex qui ne m’a pas servi, le climat au Svalbard étant très sec
– Un t-shirt thermique manches longues avec col roulé (acheté chez Décathlon en 2018), doublé d’une fine polaire Décathlon, triplé d’un pull en laine. J’avais un tricot Damart en plus mais je n’ai pas eu besoin de l’enfiler en même temps que le reste.
– Une veste coupe-vent Goretex (achetée en 2012 pour 200€).
– Un tour de cou (acheté 25€ en mars 2019 au Vieux Campeur), parfois doublé d’une écharpe
– Une chapka (achetée 69€ au Vieux Campeur en mars 2019 ; c’est le meilleur investissement de mon voyage)
– Des gants légers coupe-vent Décathlon, doublés de moufles coupe-vent Décathlon : ce n’était clairement pas suffisant, il faut absolument avoir des moufles rembourrés en laine.

À noter que lors des excursions (moto neiges, chiens de traîneaux…) les organisateurs fournissent des combinaisons (à enfiler au-dessus de tout ce que j’ai mentionné plus haut), des moufles (prévoir quand même des sous-gants), des bottes et des chapkas. Ne stressez donc pas trop sur l’équipement et n’investissez pas plus que nécessaire.

Prévoir aussi des chaufferettes pour les mains et les pieds : leur efficacité est franchement impressionnante. Ne les utilisez pas forcément tout le temps, mais gardez en dans la poche en cas de besoin (je n’en ai utilisé pour mes doigts que lors de la randonnée en soirée, la seule excursion où je suis allé avec uniquement mes propres gants). Astuce : les chaufferettes peuvent aussi servir à garder votre téléphone au chaud pour éviter qu’il ne s’éteigne trop rapidement à cause du froid.

Précision : je n’ai pas utilisé de crème contre le froid ou quoi que ce soit du genre (ça se voit sans doute sur les photos…). Si vous le faites, sachez qu’il est fortement déconseillé d’utiliser des crèmes à base d’eau, car en gelant elles risquent d’abîmer la peau.

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à me laisser un commentaire, je tenterai d’y répondre dans la mesure de ma maigre expérience polaire !