Jour 2 : De La Havane à Cienfuegos, via la Baie des cochons

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La baie des cochons, dans le sud du pays, fut l’un des épisodes les plus glorieux de la révolution cubaine : la mise en échec de l’invasion contre-révolutionnaire soutenue par les Etats-Unis.

Mardi 26 avril

La journée débute par un long trajet de La Havane jusqu’à la baie des cochons. On traverse l’île dans toute sa largeur, en traversant de longues plaines monotones, sur une autoroute bien trop large pour le trafic qu’elle connaît.

IMG_2318De temps en temps, quelques panneaux de propagande viennent mettre un peu d’exotisme dans le paysage. Plutôt que de slogans anti-impérialistes, il s’agit surtout de célébrations de la révolution cubaine et des progrès qu’elle a apportés. Progrès réels  (éducation, santé) ou fantasmés (efficacité, productivité).

Sur la route, nous avons failli prendre 20 ans de prison ! Et je sais pas vous, mais je n’ai pas envie de passer 20 ans dans les geôles castristes et avoir ma tête sur un bâche suspendue à la mairie de Paris. En fait, notre chauffeur a manqué de percuter une vache qui a traversé la route au dernier moment. Or, toutes les vaches appartiennent à l’Etat et il est formellement interdit de les tuer. Une blague cubaine dit qu’on risque plus à tuer une vache qu’à tuer un humain. Même Libé le dit, et pourtant ils sont pas du genre à moquer la révolution socialiste.

La baie des cochons est très étendue et offre une vision idyllique d’eau turquoise et de palmiers. Elle ne s’appelle en fait pas la baie des cochons : c’est une erreur de traduction de l’espagnol Bahía de Cochinos. Cochon se dit bien cochinos, mais c’est aussi une espèce de poissons. « Baie des poissons », c’est quand même plus logique.

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En parlant de poissons, nous nous arrêtons au bord de l’eau afin de nous rafraîchir dans le plus grand trou d’eau volcanique du pays. Il est alimenté par la mer toute proche, qui s’infiltre dans les rochers poreux.

La mer, quant à elle, s’apparente à un aquarium tropical ; parfait pour une séance de snorkeling, malgré des vagues assez fortes.

A Playa Girón, qui fut l’un des points de débarquement des contre-révolutionnaires, se trouve le musée consacré à cette bataille qui ridiculisa l’administration Kennedy. Rénové récemment, le lieu rappelle les actions menées par Castro dans cette zone à son arrivée au pouvoir et présente la défense mise en place lors du débarquement. Il s’attarde aussi sur les 147 « martyrs » morts du côté cubain.

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La partie sur les avancées due à la révolution castristes concernant l’alphabétisation de cette région est importante. En effet, les contre-révolutionnaires avaient pour but d’installer une tête de pont ici et s’attendaient à être accueillis en libérateurs par la population, ce qui leur auraient donné une légitimité pour étendre leur influence. Sauf que la Baie des Cochons était l’une des régions les plus pauvres du pays avant l’arrivée de Castro, qui y a construit des routes, de nombreuses écoles, des dispensaires… Ce qui fait que quand les mercenaires ont débarqué, les habitants locaux soutenaient à fond Fidel et n’avaient aucune raison de vouloir son départ.

Le musée présente quelques tanks et armes ayant servi pendant la bataille. Puisque personne ne nous regarde, on fait quelques photos en montant dessus.

Après environ deux heures de route, nous arrivons à Cienfuegos, surnommée « la perle du sud ». Installée dans la troisième plus grande baie du pays, Cienfuegos a été fondée en 1819 par un français émigré de Louisiane, Louis D’Clouet, accompagné d’une quarantaine de familles originaires de Bordeaux.

Son centre-ville a été classé en 2005 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité. Chic, raffiné et superbement préservé, il a de faux airs de La Nouvelle Orléans (enfin, j’imagine – je n’y suis jamais allé).

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On commence par boire un verre sur les anciens docks, avant de remonter vers le Parc José Martí, où s’élèvent de nombreux bâtiments intéressants : la cathédrale, une école fondée au début du siècle, l’arc de triomphe…

On peut aussi y visiter le plus beau théâtre de Cuba, le Teatro Tomás Ferry, construit entre 1887 et 1889. Il dispose de 950 sièges taillés dans du bois.

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Au bout du parc s’élève un beau bâtiment de 1918, le Palacio de Ferrer, dont le belvédère offre paraît-il une belle vue. Mais il est en travaux et actuellement fermé au public.

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Notre superbe promenade architecturale continue sur le Paseo Del Prado, plus longue artère de Cuba. Elle offre un cadre merveilleux, longé d’édifices néoclassiques aux infinies teintes pastel.

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Plus au sud se trouve l’incroyable Palacio de Valle, un melting-pot stylistique à forte tendance mauresque construit en 1937 par un espagnol des Asturies. Batista voulait le transformer en casino, mais la révolution fit capoter le projet (puisque les casinos sont interdits). Aujourd’hui, c’est un restaurant et un bar avec une superbe vue sur la baie.

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On y aperçoit notamment, à l’horizon, les contours d’une centrale nucléaire jamais terminée. Financé par l’URSS, le chantier s’est arrêté en 1989.

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Beaucoup de gens m’ont demandé, avant que je parte, si j’avais peur du virus Zika. Je leur ai répondu que j’allais faire mon possible pour ne mettre aucune femme enceinte pendant mes vacances. Cuba n’a pour l’instant pas été touchée par l’épidémie, notamment parce qu’ils n’y vont pas de main morte sur la prévention. Voici, par exemple, un véhicule de fumigation que nous avons vu depuis la terrasse du bar.

Après le dîner, nous nous retrouvons à nouveau sur le Malecón avec du rhum et quelques bières. Il est moins agité que celui de la Havane, mais cela ne nous empêche nullement de passer un excellent moment.

Pour finir, de l’humour cubain :

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Pour lire le compte-rendu « made in USA » de cette journée, cliquez ici.

Commentaires (4)

  1. superbes photos ! Le charme 50’s de la Havane est décidément intact (pour le moment :/) J’avoue craquer sur cette ambiance et ses voitures mythiques qui risque de disparaitre… Après, quelle est la réaction des cubains à l’ouverture du pays ? Seront-ils plus heureux ?..
    Merci pour ton partage 🙂

    1. Difficile à dire, eux voient surtout des opportunités économiques à l’ouverture du pays, et on ne peut les blâmer. Mais quel impact cela aura sur leur vie quotidienne, on ne peut pas le prédire… C’est sans doute pour cela que le régime cubain veut y aller pas à pas, afin que le changement ne soit pas trop brutal et qu’ils puissent redresser la barre en cas de dérive trop forte.

  2. Bonjour, votre reportage est magnifique!
    Avec mon copain on est actuellement en train de préparer notre voyage à Cuba et je voulais voir avec vous pour les moyens de transport avez vous pris les bus ou loué une voiture ? Si vous avez voyager en bus je cherche à aller à la baie des cochons le bus s’y arrêté -t-il je n’ai pas réussi à trouver les reseignements. En vous remerciant

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