Visite du mausolée d’Hugo Chávez et du tombeau de Simón Bolívar à Caracas (Jour 3)

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Une sortie au vert et un cours d’histoire grandeur nature : c’est notre programme du jour.

Mardi 19 novembre

Les Caraqueños (les habitants de Caracas) ont la chance de pouvoir, à moindre frais et en quelques minutes, quitter le vacarme de la ville et prendre un grand bol d’air frais. Il leur suffit de prendre le téléphérique vers le parc national d’El Ávila. D’une superficie de 85.000 hectares, il s’étend dans la montagne au nord de la capitale, à environ 2100 mètres d’altitude.

Nous prenons d’abord un taxi pour nous rendre de l’hôtel au périphérique Warairapano. Par chance – il est encore tôt – la queue n’est pas très longue et nous attendons seulement une petite demi-heure. Les beaux jours, elle peut atteindre 3 ou 4 heures !

Long de 3,5 km, ce téléphérique a été inauguré par le général dictateur Marcos Pérez Jiménez en 1955. Officiellement, parce que c’est super chouette un téléphérique. Officieusement, pour pouvoir transférer rapidement des troupes de l’autre côté de la montagne en cas de besoin.

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Au sommet, on jouit en théorie d’une vue exceptionnelle : d’un côté s’étend Caracas et ses cinq millions d’habitants, de l’autre le regard porte jusqu’à la mer des Caraïbes. Malheureusement, le temps est aujourd’hui bouché.

Depuis le téléphérique, des 4×4 nous descendent jusqu’au village de Galipán. Il s’agissait auparavant d’une halte appréciable entre la côte et Caracas (avant que l’aéroport et l’autoroute furent construit) et d’un village habité par des colons allemands, ce qui se ressent dans la forme des chalets et les plats de saucisses proposés aux touristes. Outre l’accueil des urbains en goguette, la ville s’est spécialisée dans la culture des fraises, des mûres et des fleurs.

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J’achète une bouteille de vin de mûres, nous faisons une petite promenade à cheval (l’avantage d’être dans un pays où la monnaie s’est effondrée, c’est que tout ça ne coûte rien – 50 centimes la balade), et nous repartons vers Caracas.

Le mausolée d’Hugo Chávez

C’est une visite particulièrement importante qui nous attend. Après être passé devant le palais présidentiel Miraflores, nous arrivons devant le Cuartel de la Montaña.

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Il s’agit de la caserne d’où le lieutenant-colonel Hugo Chávez lança un coup d’Etat dans la nuit du 3 au 4 février 1992. Ce putsch, qui fit 20 morts, avorta. Ironiquement, alors que les alliés de Chávez réussirent à capturer l’ensemble des gouverneurs provinciaux du pays, lui-même échoua à faire partir le président Carlos Andrés Pérez. Chávez endossa l’entière responsabilité du putsch (ce qui lui donna l’image d’un homme intègre) et fut emprisonné. Son mouvement pris le nom de « 4-F » en référence à cette date.

Deux ans plus tard, Chávez fut amnistié par le président Rafael Caldera et, en 1998, il finit par se faire élire grâce à ses promesses de « limpiar la casa » (nettoyer la maison) et de se préoccuper des plus mal lotis. Après être élu en 2012 pour un quatrième mandat, il meurt d’un cancer avant d’avoir pu prêter serment. Sa mort est officiellement annoncée le 5 mars 2013 (mais pourrait avoir eu lieu dès décembre 2012).

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Aujourd’hui, cette caserne est toujours en activité mais il est possible d’y visiter le mausolée dédiée à l’homme. Je n’ai pas trop compris s’il était enterré là ou pas, vu qu’il avait demandé à être inhumé dans sa ville natale, mais bon. Officiellement, il est là.

Notre guide commence par nous raconter l’histoire du bâtiment (construit au tout début du XXe siècle, il surplombe le palais présidentiel Miraflores, ce qui est bien pratique… par exemple pour planifier un coup d’état) puis présente le mausolée proprement dit. Il est entouré de quatre gardes en tenue de cérémonie et est placé sur une « fleur des quatre éléments ».

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Nous en faisons solennellement le tour puis nous retrouvons dans une salle avec quelques photos et effets personnels d’el commandante.

IMG_1240Alors que la guide nous parle de sa dernière campagne électorale, où il a continué a donner des meetings de deux heures sous la pluie alors qu’il était très malade, je me rends compte… Que tout le monde est en train de pleurer. Euh, c’est un peu gênant. On se croirait en Corée du Nord.

Voyant que je ne parle pas très bien espagnol – et que je ne pleure pas – un visiteur me souhaite la bienvenue dans le pays et m’explique que, chaque jour, en visitant son mausolée, le peuple montre que l’esprit de Chavez est toujours là et que, pour eux, il ne mourra jamais (détail amusant : je croiserai le même homme un peu plus tard en ville ; détail moins amusant : il a deux tatouages en forme de larme sous l’œil – ce n’est pas un truc de gang, ça ?).

Autour de la caserne se trouve un barrio qui a beaucoup profité de l’action de Chávez. Il  a même un sanctuaire dédié au « saint Hugo Chavez ». Rien que ça.

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Pause déjeuner tardive – nous allons chez le beau-père de Yesman, qui tient un restau sympa dans le centre.

L’après-midi, visite du vieux centre, El Capitolio. C’est ici qui se trouvent les rares bâtiments historiques de la ville, les (moins rares) bâtiments gouvernementaux et le palais Miraflores. En conséquence, c’est le lieu de rassemblement des pro-Chavez et pro-gouvernement, ou vice-versa (les pro-opposition se réunissent à Altamira). Ils sont nombreux aujourd’hui, jour de la proclamation de l’indépendance du pays, en 1810 (à ne pas confondre avec le 5 juillet, fête nationale, qui est le jour de la déclaration d’indépendance, en 1811). Ce n’est donc pas le moment de s’habiller en bleu, sauf à vouloir se justifier d’une telle provocation !

La maison natale de Simón Bolívar

Le centre compte plusieurs bâtiments intéressants, notamment le Congrès, la Casa Amarilla (ancienne prison royale où fut déclarée l’indépendance) ou la cathédrale. Ainsi que des étrangetés architecturales ayant plus ou moins passé l’épreuve du temps et la fin de la mode « gros cube de béton ».

La banque centrale, avec une fois encore le regard de Big Brother.

La banque centrale, avec une fois encore le regard de Big Brother.

Située dans la dernière rue pavée de Caracas, la maison natale de Simón Bolívar est l’un des endroits les plus importants de la ville.

C’est en effet ici qu’est né le 24 juillet 1783 (la maison date de 1773) celui qui deviendra « El Libertador », le libérateur. Comme le montre la maison – qui a été restaurée à plusieurs reprises, la faute à de nombreux séismes – il était issu d’une famille très riche, ce qui lui a permis de quitter Caracas pour l’Espagne afin d’y parfaire son éducation. Il est revenu séjourner ici en 1827, avant de partir en Colombie.

Mais c’est qui ce Bolívar dont je vous parle depuis trois jours ? Pour vous donner une idée, rendez-vous compte que la Bolivie s’est appelée comme ça pour lui rendre hommage. C’est la classe, non ? Je crois que c’est le seul gars qui a vu un pays se nommer après lui (l’Arabie saoudite ne compte pas, puisque se sont les Saoud qui ont donné leur nom au pays).

En résumé, Simón Bolívar (1783-1830) fut celui qui libéra le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie de la couronne d’Espagne – rien que ça. Malgré le succès de toutes ces guerres d’indépendance (durant lesquelles il aurait chevauché l’équivalent de deux fois le tour de la Terre et acquis le surnom « Cul de fer »), il n’a pas réussi son rêve de créer une Grande Colombie. En effet, l’union formée face à l’adversaire espagnol n’a pas résisté à la paix qui a suivie.

Le Panthéon

Ce monument est divisé en deux parties. L’ancienne est une ancienne église qui vit le baptême de Bolívar et fut transformé en Panthéon en 1875. On y trouve les restes de proches de Bolívar ainsi que d’une centaines d’autres éminents hommes et femmes. Le tombeau de Francisco de Miranda (qui a le premier tenté de libérer le Venezuela après avoir participé à la révolution française – son nom est inscrit sur l’Arc de triomphe à Paris, ce qui fait la fierté des Vénézuéliens qui ont été nombreux à me le dire) est vide, puisqu’il a été jeté dans une fosse commune à Cadix après avoir été arrêté par les Espagnols.

« C’est le bâtiment le plus majestueux que j’ai jamais vu », lâche Yesman, que j’ai traîné ici et qui y pénètre pour la première fois.

Derrière l’ancienne église se dresse un immense bâtiment moderne en forme de vague, inauguré en 2013 et dont les travaux avaient été menés sous l’impulsion de Chavez. D’une hauteur de 50 mètres et d’une superficie de 2.000 m², il a coûté une centaine de millions d’euros, ce qui a l’époque a fait polémique.

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C’est ici que se trouve le tombeau contenant les cendres de Bolívar, sur lequel veillent quatre hussards. La forme du bâtiment fait que plus l’on s’approche du tombeau, plus l’espace s’agrandit et plus l’on se sent petit, écrasé par la solennité des lieux. Si l’on peut regretter l’esthétique globale de l’endroit, on ne peut nier que l’effet est réussi et qu’il fait grande impression.

Le tombeau a une forme de bateau car à sa mort, ses restes ont été transférés depuis Santa Marta jusqu’à Caracas en bateau (j’imagine que c’est pour ça que le bâtiment a la forme d’une vague). A droite se dressent les drapeaux des six pays bolivariens : Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie et Panama.

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Derrière le Panthéon se dresse une rose métallique, en hommage à Manuela Saenz, celle que Pablo Neruda surnomma la Rose Rouge de Paita. Elle fut une combattante acharnée pour l’indépendance du Venezuela, bien qu’elle s’interrogeât dans son journal sur les raisons de sa lutte : pour la liberté de la patrie ? Pour Simón ? Pour la gloire ? Pour elle-même ? Sans doute un peu de tout cela.

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Pour conclure cette journée, deux bâtiments dont je n’arrive pas à définir s’ils sont moches ou non. Vous en pensez quoi ?

Lire le jour 4 : Survol des barrios de Caracas

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