Saint-Pétersbourg : découverte de la ville par la perspective Nevski

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Paris ? Prague ? Vienne ? Rome ? Et si la plus belle ville du monde était russe ? La perspective Nevski, avenue principale de la ville de Saint-Pétersbourg, permet d’en découvrir la plupart de ses beautés.

S’atteler à visiter Saint-Pétersbourg, c’est comme décider de découvrir Paris. Où aller ? Que faire ? Quels quartiers choisir ? Pour le blogueur qui raconte ses voyages, c’est aussi s’interroger sur la façon de présenter la ville. Jour par jour ? Quartier par quartier ? Monument par monument ?

J’ai choisi la facilité : aller tout droit, en suivant la colonne vertébrale de la ville qu’est la perspective Nevski. La parcourir à pied, tranquillement, vous prendra une bonne journée. Un peu plus si vous décidez de vous arrêter partout et d’explorer les rues perpendiculaires. En tout état de cause, n’espérez pas visiter la ville en une journée. Y ayant passé la semaine (sans compter mes virées à Peterhof et Pouchkine), je n’ai même pas eu le temps de voir tout ce que je voulais.

Planifiée par Pierre le Grand pour être un point de passage de la route Novgorod – Moscou, l’avenue Nevski fut commencée en 1712 et achevée en 1717. Longue de 4,5 kilomètres, elle conduit de l’Amirauté jusqu’au monastère Alexandre-Nevski, héros national russe du XIIIe siècle. Sans aucun doute l’une des plus belles avenues du monde, elle compte de nombreux bâtiments historiques, qui malheureusement disparaissent parfois, comme lorsqu’un oligarque fit détruire en 2011 le n°68, où se trouvaient les demeures de Dostoïevski et Gorki. Le même Dostoïevski qui estimait que « c’est un livre entier qu’on pourrait écrire rien que sur les rencontres de la perspective ».

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Notre promenade commence à la très belle station de métro Ploshchad’ Vosstaniya, qui s’avère être la plus proche de mon hôtel. Sur cette Place de l’insurrection s’élève un obélisque à la gloire des héros de Léningrad (qui fut le nom de la ville de 1924 à 1991).

Après quelques centaines de mètres, alors que s’élève sur notre gauche le palais Stroganov, nous arrivons sur le pont Anitchkov, le plus célèbre de la ville, fameux pour les quatre sculptures de chevaux (1849-1850) de Piotr Klodt qui le décorent.

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On arrive ensuite dans le coeur de la ville proprement dit, son « Triangle d’or ».

Premier arrêt : la Maison des Frères Elisseeff, un superbe magasin de style art nouveau construit en 1907. Sa façade de verre, qui contraste avec les bâtiments classiques de l’avenue, ouvre sur un intérieur extrêmement bien conservé.

Un peu plus loin, face aux arcades de la galerie marchande Gostiny Dvor, l’église catholique Sainte-Catherine semble presque incongrue, dans une ville parsemée de lieux de culte orthodoxes. Cette église fut transformée en musée de l’athéisme sous l’époque soviétique.

La cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé

Le pont suivant nous rappelle que si Saint-Pétersbourg a des faux airs du Paris d’Hausmann, elle emprunte aussi à Amsterdam. Le regard longeant le canal – la ville en est zébrée – est forcement attiré par la Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, qui offre d’ici une des vues les plus appréciées des touristes.

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La construction de cette église, qui est aujourd’hui l’une des plus importantes du pays, commença en 1883 sous le règne d’Alexandre III, en tant que mémorial en l’honneur de son père Alexandre II. Ce dernier fut mortellement blessé lors d’un attentat perpétré ici – c’est le « sang versé » auquel fait référence le nom de l’église.

Construite dans un style très différent des autres lieux de culte de la ville (qui sont baroques ou néoclassiques, alors que celle-ci renvoie à l’architecture médiévale russe, comme la cathédrale Saint-Basile de Moscou), l’église contient plus de 7.500 m2 de mosaïques : c’est un record mondial.

De retour sur la perspective Nevski, le grand lecteur que je suis ne peut s’empêcher de s’arrêter à la Maison du livre (Dom Knigui) (1907), ancien immeuble de la compagnie Singer. Cette institution de la vie pétersbourgeoise a bien faillie être remplacée par une banque, mais a été sauvée grâce à la mobilisation populaire.

Restons dans les magasins avec le Passage, une très belle galerie commerciale plus intéressante pour son architecture que pour ses boutiques. Datant de 1848, elle est l’une des premières « galerie commerciale moderne ». La première avait ouverte 50 ans plus tôt à Paris : c’est le passage du Caire, dans le 2e arrondissement.

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La cathédrale Notre-Dame-de-Kazan

Elle ne vous rappelle rien ? Avec son dôme haut de 76 mètres et ses 96 colonnes en hémicycle, la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan est très largement inspirée de la Basilique Saint-Pierre de Rome. Elle a été construite de 1801 à 1811 sur l’ordre de l’empereur Paul Ier afin d’abriter l’icône de Notre-Dame-de-Kazan, particulièrement révérée par les Russes (elle serait la protectrice des armées russes). Dans l’édifice, une file ininterrompue de fidèles attend parfois jusqu’à une heure pour l’embrasser.

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L’intérieur de l’édifice est impressionnant, sentiment renforcée par la pénombre à peine mangée des bougies. Mais si l’iconostase paraît si belle est récente, c’est qu’elle l’est : l’originale a été fondue par les soviétiques dans les années 1930.

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La place du Palais

Après un nouveau pont, on arrive finalement à la fin de la perspective. Et quelle fin ! D’ici, les grandes artères de la ville se déploient en étoile. Le centre de la place est occupé par la colonne Alexandre (47 mètres de hauteur et aucune fondation : elle repose sur son propre poids), qui commémore la victoire sur Napoléon.

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Juste en face, un ensemble de cinq palais imbriqués, qui sont en fait le palais d’Hiver et le musée de l’Ermitage. Après tant de marche, évitons d’y entrer aujourd’hui : vous pouvez le découvrir dans cet autre article.

A gauche s’élève l’Amirauté, dont la flèche dorée est couronnée d’un petit vaisseau.

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Derrière coule la Grande Neva, le fleuve principal qui traverse Saint-Pétersbourg. En le traversant, on arrive sur l’île Vassilievski, qui abritait autrefois le port de la ville et est aujourd’hui occupé par de nombreux musées et par le palais Menchikov, dont je vous parle ici. C’est aussi un lieu de rendez-vous romantique.

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Le musée de l’Ermitage vu depuis l’île Vassilievski

De retour sur la place du Palais, il ne reste plus qu’à suivre le fleuve pour arriver à la cathédrale Saint-Isaac.

Si elle impressionne, c’est normal : c’était le but. Dressée à la gloire de la Russie impériale, elle est en taille troisième cathédrale d’Europe après la basilique Saint-Pierre et cathédrale Saint-Paul de Londres, dont elle s’inspire. C’est aussi une des plus vastes cathédrales à dôme du monde, avec 111 mètres de long, 97 mètres de large et 101,5 mètres de hauteur.

Il a fallu 40 ans pour la construire, sans doute parce que l’architecte était français (ceci est de l’humour ; si ça a mis si longtemps c’est juste parce que c’est compliqué de construire un édifice de 300.000 tonnes sur des marécages).

On peut monter dans la coupole de la cathédrale, ce qui permet d’avoir une belle vue sur la ville, mais il est je trouve bien plus intéressant de visiter son intérieur. Il comporte près de 300 statues et les mosaïques couvrent une surface de 6 500 m².

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La minute soviet

Que les fans de statues de Lénine se rassurent : il n’y a pas que des cathédrales à Saint-Pétersbourg.

Direction donc le métro Moskovskaya, qui ouvre sur la Maison des Soviets. La construction de cet immeuble stalinien a débuté en 1936 : le rôle devait être d’accueillir les bureaux du gouvernement de Leningrad. Ca n’a finalement jamais été le cas : à la fin du chantier, en 1941, l’attaque allemande et le siège de Leningrad ont poussé le commandement de l’Armée rouge à prendre possession des lieux. Il reste d’ailleurs des vestiges de bunkers aux alentours.

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Dans les années 1970, à l’occasion de la construction du métro, la place a été remodelée et agrémentée d’une grande statue de Lénine. Par ailleurs, si vous voulez voir Lénine (en statue, pas en vitrine), vous pouvez aussi vous rendre sur la place qui porte son nom, en face de la gare Finlyandskiy.

A quelques centaines de mètres de là se trouve le Square de la Victoire (Ploshad Pobedy), qui marque la fin de Moskovsky Prospekt, non loin de l’aéroport. Au centre s’élève le Monument aux héroïques défenseurs de Leningrad, qui rend hommage aux victoires et aux survivants du siège de Leningrad. Le monument, qui consiste en un obélisque de 48 mètres et d’un mémorial en sous-sol, entouré d’un large demi-cercle illuminé avec des torches, a été inauguré en 1975. Sa visite, surtout en fin de journée lorsque tout est calme et désert, est empreinte de solennité.

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Ici n’est pas le lieu pour en parler (c’est un blog de voyage, pas d’histoire), mais je vous invite à vous renseigner sur le siège de Leningrad, moins connu par chez nous que celui de Stalingrad. Pendant près de 900 jours (ce qui en fit le siège le plus long de l’histoire moderne, jusqu’à celui de Sarajevo), la Werhmacht encercla presque totalement la ville, avec l’objectif de l’affamer. 1,8 million de personnes, dont 1 million de civils, périrent. Seule la « route de la vie« , une voie tracée sur le lac gelé de Ladoga, permit à la ville de ne pas totalement sombrer.

J’ai eu l’occasion de discuter avec une amie russe dont la grand-tante survécu à ce siège. D’après sa grand-mère (la soeur de sa grand-tante, donc), « elle ne fut plus jamais la même ».

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