Granada : ce qu’il faut voir dans la plus belle ville du Nicaragua

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Granada est la ville la plus touristique du Nicaragua, et cela se comprend. Cette ancienne ville coloniale, sur les bords du lac Nicaragua, a tout pour attirer les visiteurs.

Du 4 au 8 décembre

Après la sublime île d’Ometepe, me voilà à Granada, où je resterai quatre nuits. Outre la visite de la ville, j’en profiterai pour visiter différents lieux des alentours, comme la lagune d’Apoyo, le volcan Monbacho ou le volcan Masaya.

Mais avant tout ça, je profite de ma première journée sur place pour visiter la ville, qui le mérite bien. Ses habitants en sont très fier, au point de dire que « Granada est le Nicaragua, le reste du pays n’est qu’une ferme ». « C’est un petit Paris », me dit Carlos, gérant de l’auberge où je loge – El Arca de Noé, une excellente adresse.

Le jardin de l’auberge El Arca de Noé.

Un peu d’histoire

Granada fut fondée en 1524 par Francisco Fernández de Córdoba et est l’une des plus vieilles villes du Nouveau monde. Dès le départ, elle a été pensée pour montrer aux indigènes les capacités des conquistadors, sur le plan technique, organisationnel ou artistique. En somme, montrer qu’ils apportaient plus que des massacres et une nouvelle religion, ce qui était jusque-là un peu l’image qu’ils donnaient (ça a continué après, d’ailleurs).

Sa position sur le lac Nicaragua a assuré sa richesse, surtout quand les Européens ont compris qu’ils pouvaient naviguer sur le Río San Juan, qui le relie à la mer des Caraïbes. Granada est devenu le port le plus important de la région, mais est aussi devenue vulnérable aux attaques des pirates. Le premier a réussir cet exploit était Henry Morgan (le fameux Captain Morgan des bouteilles de rhum) : abandonnant son navire dans les Caraïbes, il a remonté de nuit le Río San Juan avec six canoës de douze mètres, prenant la ville par surprise. Après seize heures de pillage (l’attraction « Pirates des Caraïbes, à Disneyland, est inspirée de cet évènement), ils ont coulé tous les bateaux du port et se sont enfuis en Jamaïque où ils ont été accueillis en héros – ambiance.

D’habitude, quand on me demande mon nom à l’étranger, je dis « Morgan, like Morgan Freeman ». Au Nicaragua, je dis : « Morgan, como el capitán ».

De la ville originale, il ne reste rien : en 1854, lorsque le mercenaire William Walker fut défait après avoir conquis la ville sur ordre de Léon (les deux villes étaient en guerre pour savoir laquelle serait capitale du pays, comme je vous l’expliquerai dans l’article consacré à cette dernière), il ordonna de raser la ville. Elle fut reconstruite encore plus belle avec une grande influence italienne, en plus de l’influence coloniale.

Visite de la vieille ville

Abritant aujourd’hui 140.000 habitants, Granada jouit aujourd’hui du plus beau centre historique du pays – de très loin. Certains visiteurs se plaignent même que c’est « trop beau » et donc un « piège à touristes ». Bravo les gars, vous sous-entendez que les Nicaraguayens ne devraient vivre que dans des villes moches et sales pour faire « authentique ».

Je commence ma visite à deux pas de mon auberge, avec l’église de la Merced. Construite initialement en 1534, elle a été rasée par des pirates en 1655 et reconstruite en 1783. Endommagée par William Walker, elle a été restaurée en style baroque en 1862.

De son clocher, les plus belles vues sur la ville et sur le volcan Monbacho.

Je continue vers l’ouest sur la place de la Xalteva, le plus vieux quartier de la ville – Xalteva était le nom du village aztèque qui s’y trouvait. On y trouve une belle église du dix-neuvième siècle et, plus loin, la chapelle María Auxiliadora, à la jolie décoration pastel. Au bout de la rue Real Xalteva se trouve la petite forteresse La Polvora, construite en 1748. Ces rues, un peu excentrées, représentent la ville « populaire » : les maisons y sont bien plus simples que dans le centre-ville.

Je redescends vers le très animé Parque central, la place centrale.

La cathédrale, détruite un nombre incalculable de fois et dont la version actuelle date de 1915, fait face à plusieurs bâtiments coloniaux de toute beauté, dont l’actuel hôtel Gran Francia, qui fut la résidence de William Walker. Contiguë au parc central, la place de l’Indépendance arbore un obélisque en l’honneur des martyrs de la guerre d’indépendance et une croix érigée pour célébrer l’entrée dans le vingtième siècle, en 1900. La Fundación de los Tres Mundos, installée dans l’élégante maison aux lions (1720), est une initiative visant à initier les jeunes de la région aux arts. Divers ateliers y sont occupés par des artistes (peinture, imprimerie, chant, danses…).

En traversant la fondation, on arrive sur la Calle El Arsenal, où l’on est accueillis par le couvent et l’église San Francisco, l’une des plus vieilles églises d’Amérique centrale (construite en 1585, détruite par William Walker et reconstruite en 1868). Elle est flanquée d’un musée, que je n’ai pas visité, ayant entendu dire qu’il ne vaut pas le coup (par contre, le musée du Chocolat est super. On peut y faire sa propre tablette !).

D’ici, on peut rejoindre la Calzada, une rue principalement piétonne partant de la cathédrale et descendant vers le lac. Sous la chaleur de l’après-midi, elle est bien vide, mais ses innombrables terrasses de bars et restaurants s’animent à la nuit tombée.

En poursuivant vers le lac, on passe devant la chapelle del Sagrado Corazón, construite comme une forteresse en 1626.

La visite se termine en bas de la Calzada, au bord du lac, sur un Malecón (front d’eau) totalement désert. Il faut dire qu’il est midi et que le mercure dépasse 30 degrés..

Addendum : ce trajet couvre la plupart des monuments de la vieille ville, mais plus loin et digne d’intérêt, on peut aussi voir l’ancienne gare (fermée dans les années 1930, il n’y a aujourd’hui pas de chemin de fer au Nicaragua) et le cimetière, avec sa chapelle de style néoclassique.

Une virée autour des îlots de Granada

Après le déjeuner, je me rends au bureau d’Erick Tours, sur la Calzada, auprès duquel j’ai réservé un tour de bateau dans les îlots de Granada.

Cet archipel de 360 îles, qui s’étend en virgule dans le lac, a été formé il y a 20.000 ans à la suite d’une éruption du Mombacha. C’est l’une des spécificités les plus intéressantes de Granada et une des raisons pour lesquelles la ville est si touristique.

Vu depuis l’avion entre Ometepe et Managua.

J’ai de la chance car nous ne sommes que deux sur le bateau. Mon compagnon est assez particulier : il s’agit d’un ancien dealer de drogue, qui a vécu 13 ans en cavale en Amérique du Sud, travaillant pour le cartel de Medellin, avant de se faire choper au Venezuela et d’être envoyé dans une prison fédérale. Il est sorti en 2015 et en a tiré un livre : Gringo: My Life on the Edge as an International Fugitive.

Entre les anecdotes sur sa vie de fugitif et sur mes voyages (un peu plus calmes, mais qui l’impressionnent quand même), nous naviguons entre les îles, pour la plupart habitées depuis des générations par de pauvre pêcheurs (souvent sans titre de propriété), mais de plus en plus par de très riches familles : ici, le manoir de la famille qui détient la marque de rhum local, là celle d’un cigarettier, plus loin d’un ancien président… C’est de la gentrification puissance 10. Il reste quelques îles à vendre, pour 90.000 à 500.000 euros. Le prix d’un studio à Paris, c’est honnête non ?

Lors de cette promenade de deux heures, nous nous arrêtons sur le Castillo San Pueblo, une forteresse espagnole bâtie en 1784. Autre arrêt : la Isla de los Monos (l’Ile des singes), où vivent quelques singes pas farouches pour deux sous. Alors que le Soleil descend à l’horizon et nimbe ce chapelet d’île d’une douce lumière, nous rentrons à Granada ; à temps pour ma sortie suivante, autour du cratère du volcan Masaya.

Quelques adresses

Auberge El Arca de Noe

L’auberge où je suis resté quatre nuits (25 dollars par nuit pour une chambre double). Le comfort des chambres est rudimentaire, mais elles sont grandes et propres, et en constante amélioration. Carlos Benard, le gérant, retape cette superbe maison coloniale au fur et à mesure. Son patio, avec rocking chairs et hamacs, est un enchantement. Autre excellent point : à l’arrivée de ses hôtes, Carlos organise une visite guidée de la ville en voiture, avec un historique complet. Une excellente introduction pour ensuite s’y repérer à pieds.

Hôtel La Selina

Un hôtel – auberge de jeunesse situé sur le parc central. Tito me l’a fait visiter, et il est vraiment excellent, avec un bar, une salle avec Netflix, une bibliothèque, une salle de jeux vidéo… On trouve quelques hôtels de cette chaîne dans d’autres pays d’Amérique centrale.

Restaurant El Zaguán

Très réputé pour son steak (churresco), le meilleur de la ville et possiblement du pays. La nourriture est exceptionnelle, le service impeccable et la carte des vins variée. Les prix sont plus élevés que la moyenne (18-25 dollars le plat).

Café Restaurant The Garden Café

Très bon café, avec quelques plats typiques, situé dans une superbe maison coloniale avec (comme son nom l’indique) un chouette jardin.

Kiosque El Gordito

Situé dans le parc central, cette vénérable institution sert le Vigorón, plat typique de la ville. Du porc, bœuf, du chou et des patates. Franchement, rien de bien folichon… mais si c’est le plat typique, faut bien le tester !

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