Tuquie : tout – ou presque – ce qu’il faut visiter à Ankara

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Absente des guides touristiques, la jeune capitale turque a forcément moins à offrir qu’Istanbul, mais n’est tout de même pas complètement exempte de points d’intérêt.

Séjour effectué du 9 au 14 mai 2018

« Tu as choisi un drôle d’endroit pour des vacances. » Les mots de ce jeune Turc rencontré le soir de mon arrivée résume bien la situation : Ankara ne se visite pas. Elle n’apparaît pas dans les guides touristiques, ou alors en note de bas de page, un arrêt d’une journée sur la route entre Istanbul et la Cappadoce. Même ses habitants ne l’aiment pas : pour eux, c’est « la capitale la plus chiante du monde » (alors qu’il y a pire, Managua par exemple). Les aléas du destin m’ont amenés à y passer un peu plus de quatre jours. « Décidément, me direz-vous, tu as le chic pour te retrouver dans des villes peu attirantes. » C’est la vie, comme disent les étrangers connaissant quelques mots de français.

Mais pourquoi Ankara est-elle si mal-aimée ? Tout simplement car elle est devenue capitale par hasard, entrant dans l’Histoire lorsque Mustafa Kemal, général refusant le dépeçage du pays par les forces alliées (France, Royaume-Uni, Italie et Grèce) à la fin de la première guerre mondiale, y convoqua la Grande Assemblée nationale de Turquie. Istanbul était alors occupée par les alliés (il faut dire que lors de la première guerre mondiale, ce qui était encore l’Empire ottoman n’avait rien trouvé de mieux à faire que de s’allier à l’Empire Allemand) et Ankara avait l’avantage d’être hors de leur zone d’influence. C’était en 1920, Ankara comptait 25.000 habitants et une seule voiture. En 1923, la guerre d’indépendance gagnée, elle devint officiellement capitale et se modernisa, portée par des urbanistes européens qui dessinèrent ses larges artères et ses parcs. Évidemment, tout cela s’est fait sans des siècles d’histoire : près de cent ans plus tard, Ankara a mûri – elle compte 3,5 millions d’habitants, deux fois plus qu’en 1990 – mais n’a pas acquis la patine et l’historicité d’Istanbul. Mais puisque nous sommes là, visitons !

Quelques mots sur les quartiers d’Ankara

La vieille ville, autour de la citadelle, est l’endroit le plus charmant (et touristique) de la ville. Ulus est un quartier historique, avec les premières institutions de la Turquie libre et Kizilay est le centre de la vie sociale : une sorte de Champs-Elysées turcs ! Le soir, préférez Tunali, quartier des bars et restaurants.

Mes visites, à part Anitkabir et la citadelle, effectuées séparément, suivent un ordre à peu près logique, à partir de mon hôtel, le Gordion (excellente adresse, avec un rapport qualité-prix imbattable).

Anıtkabir, le mausolée en l’honneur d’Atatürk

Perché au sommet d’une colline au centre de la ville, Anıtkabir est le plus visible monument d’Ankara, et le plus important. C’est certainement la première chose (voire la seule) que vous visiterez ici. Bien que Mustafa Kemal Atatürk soit mort le 10 novembre 1938, le mausolée n’a été terminé qu’en 1953 (entre temps, son cercueil était placé au musée ethnographique).

NB pour briller dans les dîners : en 1880 (ou 1881, on ne sait pas trop), quand est né le futur Atatürk, les noms de famille n’existaient pas dans l’empire. Il s’appelait donc seulement Mustafa. Son prof de maths, dans sa jeunesse, lui ajouta le surnom de Kemal (« Perfection »). Il devint plus tard Mustafa Kemal Pacha (titre accordé aux généraux) puis, en 1934, quand il obligea les Turcs à choisir un nom de famille, le Parlement lui attribua celui d’Atatürk, « le père des Turcs ».

A l’origine, le monument avait été conçu pour accueillir les tombes de tous les présidents de la République, mais cette idée a été abandonnée pour renforcer son importance dans le culte voué au fondateur de la Turquie. Seul Ismet Inönü, « le deuxième homme », est également inhumé à Anıtkabir. Après avoir rejoint Mustafa Kemal dès 1919, il a été Premier ministre de 1923 à 1937, puis président de la République de 1938 à 1950.

Le mausolée compte, dans son bâtiment principal, le tombeau d’Atatürk, sous une plaque de marbre de 40 tonnes. Autour de l’esplanade se trouvent plusieurs bâtiments où sont logés un musée consacré à l’Homme et à la Guerre d’indépendance. Ce dernier est très complet, mais je recommande néanmoins de se renseigner sur ce conflit et sur les réalisations d’Atatürk avant de s’y rendre, pour que la visite soit moins aride. Cela permet aussi de mieux comprendre l’attachement des Turcs à cet homme, que je qualifierai de mix entre Napoléon (pour le génie militaire et réformateur) et De Gaulle (pour le côté « sauveur de la nation).

(Entrée gratuite ; compter 1h30 minimum, 3h si vous voulez bien profiter des musées)

La citadelle d’Ankara

La ville a beau n’avoir été promue capitale qu’en 1923, elle est très ancienne : les Hitites, qui y vécurent il y a 4000 ans, la connaissaient sous le nom d’Ankuva. Sous l’empire ottoman, elle pris le nom d’Angora – d’où celui des chats à poil long, typiques de la région. Tout cela pour dire que malgré son statut de ville nouvelle, Ankara possède quelques vestiges historiques, dont le plus fameux est la citadelle. Sa date de construction est inconnue, mais on sait que les Romains et les Byzantins l’ont contrôlée, et qu’elle a été agrandie au 19e siècle par le sultan ottoman.

La citadelle en elle-même possède 42 tours et des remparts de 14 à 16 mètres de hauteur. La colline sur laquelle elle a été construite est occupée par des habitations, qui lui donnent un air de village typique. Des rues ont été rénovées il y a quelques années pour attirer les touristes : cela en fait une balade tout à fait charmante.

(Entrée gratuite)

Le musée archéologique Erimtan

Juste au pied de la citadelle, ce musée tout récent et très bien fait est consacré à l’époque romaine. Il compte une belle collection de pièces de monnaie et de statuettes et, chose que j’ai beaucoup aimé, met en valeur les témoignages des gens qui vivaient à cette époque. Ca montre que les préoccupations n’ont pas vraiment changé !

(Entrée : 5 livres turques (je crois), panneaux explicatifs en anglais)

Le quartier du Parlement et des ministères

Des bâtiments officiels et des statues de Mustafa Kemal Atatürk : ce n’est pas le quartier le plus intéressant, mais c’est le centre de la politique turque (sur laquelle il y aurait beaucoup à dire). La zone est quadrillée par les militaires, il est interdit de prendre des photos de la plupart des bâtiments et, sauf à venir le premier samedi de chaque mois, il est impossible de visiter le Parlement. Dommage : il paraît que la visite vaut vraiment le coup. On voit même les traces du bombardement du 15 juillet 2016, lors du coup d’Etat organisé contre (par ?) Erdogan. Des panneaux à la gloire des « martyrs du 15 juillet » ont d’ailleurs fleuri un peu partout.

La mosquée Kocatepe

Cette impressionnante mosquée, visible de quasiment partout à Ankara, peut accueillir 24.000 fidèles. Elle a été construite de 1967 à 1987 dans un style architectural néo-classique ottoman (à l’origine, un projet moderniste avait été envisagé, mais les barbus ont grincé des dents). La voûte intérieure est superbe ; c’est l’un de mes endroits préférés à Ankara.

Le Musée ethnographique

Situé dans un superbe bâtiment construit dans les années 1920, le musée ethnographique a accueilli le sarcophage d’Atatürk de sa mort en 1938 jusqu’à l’inauguration d’Anitkabir en 1953. Le musée propose une expo photo sur ses funérailles et diverses salles sur la culture et l’artisanat des civilisations qui ont fleuri en Anatolie, en particulier sous l’Empire ottoman : céramique, calligraphie, travail du bois… C’est assez court, mais intéressant.

(Entrée : 10 livres turques ; panneaux explicatifs en anglais)

Le Musée des civilisations Anatoliennes

Dans deux jolis bâtiments du 15e siècle (un ancien caravansérail et un marché couvert surmonté de dix dômes centraux), il s’agit d’un musée archéologique (ouvert par étapes à partir de 1940) avec des collections du paléolithique jusqu’à l’Empire ottoman : il couvre les périodes préhistoriques, assyrienne, hitite, phrygienne, grecque, romaine… Vainqueur du Trophée du meilleur musée européen en 1997, il possède une superbe collection, très bien mise en valeur. Sans conteste, le meilleur musée d’Ankara et – paraît-il – l’un des meilleurs de Turquie.

(Entrée : 20 livres turques, panneaux explicatifs en anglais)

Les rues Cikrikcilar Yokusu et Saraclar

A deux pas du Musée des civilisations anatoliennes et de la citadelle, ces deux rues, dans le prolongement l’une de l’autre, sont très commerçantes et font le bonheur des touristes : on y voit des rangées de magasins traditionnels turcs, vendant des tapis, vêtements ou produits en cuir.

La Mosquée Hajji Bayram

Située en plein centre de la vieille ville, il s’agit de l’une des plus anciennes mosquées d’Ankara : elle a été construite en 1427-1428. Toute petite (20 mètres sur 20), elle est nommée en l’honneur de Hajji Bayram, fondateur de l’ordre soufique bayramiyya. Sa tombe est contiguë à la mosquée. Le quartier autour a été rénové à grands frais. Ca fait un peu artificiel, mais on ne va pas faire la fine bouche.

Les vestiges romains d’Ankara

A quelques mètres de la mosquée Hajji Bayram se dressent les restes du Temple d’Auguste et Rome, construit en 20 avant Jésus-Christ, lorsque Ancyra était capitale de la province romaine de Galatie. Il a été reconstruit au deuxième siècle par les Romains, puis transformé en église par les Byzantins.

Plus loin s’élève une colonne romaine, érigée en 362 pour commémorer la visite de l’empereur Julien l’Apostat. Les Ankariotes l’appellent « Colonne de la reine de Saba », mais personne ne sait pourquoi.

Les restes d’un théâtre roman, construit entre 200 et 100 avant notre ère, ont été mis à jour dans les années 1960, mais il n’en reste plus grand chose : le lieu est surtout fréquenté par les pochtrons locaux.

Les vestiges des bains romans

Ce musée en plein air, à 400 mètres de la citadelle, permet de découvrir les restes des bains d’Ancyra, construits sous l’empereur Caracalla (qui a aussi fait construire les thermes du même nom à Rome) au deuxième siècles. D’une taille de 80 mètres sur 120, ces thermes ont été utilisés jusqu’au huitième siècle, lorsqu’ils ont été détruits par un incendie. Aujourd’hui, il n’en reste que les fondations. Le musée rassemble aussi des colonnes et tombes déterrées un peu partout dans la ville.

(Entrée : 5 livres turques ; panneaux explicatifs en anglais)

Monument de la république

Cette statue équestre d’Atatürk a été construite dans les années 1930. Elle signale le quartier d’Ulus, haut lieu de la lutte pour l’indépendance de la Turquie.

Le Musée de la guerre d’indépendance

Le bâtiment, construit en 1915 pour les besoins du Comité Union et Progrès, parti politique nationaliste révolutionnaire, a été réquisitionné par Mustafa Kemal à son arrivée à Ankara pour réunir la première grande assemblée nationale de Turquie. On y voit la salle où les délégués ayant rejoint Kemal au début de sa lutte se sont rassemblés : les tables et bancs d’écoliers montrent qu’ils ont fait avec les moyens du bord ! C’est ici qu’en 1921, la première constitution a été votée, que le Sultanat a été aboli en 1922, ou que Kemal a été élu président en 1923.

Juste en face se trouve le « Palais d’Ankara », où étaient reçu les hôtes de marque. Il a une architecture orientalisante unique dans la ville.

(Entrée : 3 livres turques ; panneaux explicatifs uniquement en turc)

Le Musée de la République

Voisin du Musée de la guerre d’indépendance, celui de la République est le premier Parlement construit en tant que tel. Il a servi à partir de 1924, jusqu’en 1960. On peut u voir des photos et des effets personnels des anciens présidents et premiers ministres turcs.

(Entrée : 5 livres turques ; panneaux explicatifs uniquement en turc ; photos interdites)

La prison musée d’Ulucanlar

Cette ancienne prison, ouverte en 1925 et fermée en 2006, a été transformée en musée en 2011. La visite permet de visiter ses 19 quartiers et d’en apprendre plus sur les personnalités qui y ont séjourné au fil de son existence… à condition de lire le turc. Une vingtaine de personnes y ont été pendues, surtout des opposants politiques (et en particulier, des révolutionnaires marxistes-léninistes dans les années 1970-1980).

(Entrée : 5 livres turques ; panneaux explicatifs uniquement en turc)

La mosquée Yeni

Elle a été construite au 16e siècle par l’un des plus grands architectes de l’époque, Sinan. C’est la plus grande mosquée ottomane de la ville. Elle est faite de pierre d’Ankara, tandis que son pupitre est de marbre blanc.

La mosquée Ali Elvan

Cette petite mosquée située dans la vieille ville date du 14e siècle et a pour particularité d’utiliser principalement du bois. Elle est soutenue par douze piliers.

La mosquée Osmanli

J’ai peu d’informations sur cette mosquée géante, ouverte en juillet 2017. Elle fait partie de ces mosquées qui poussent comme des champignons dans la Turquie d’Erdogan, où le Directoire des affaires religieuses est l’une des administrations les plus puissantes (2 milliards d’euros de budget, 120.000 fonctionnaires). Erdogan fait bâtir des milliers de mosquées en Turquie et à l’étranger, dans sa logique de ré-islamisation du pays. Difficile, donc, de s’ébahir devant sa grandeur, d’autant qu’elle est assez froide, sans cachet.

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