La beauté sauvage de l’Islande sans les hordes de touristes (pour l’instant) : voilà comment on pourrait résumer les îles Féroé. Mais ça ne serait pas rendre honneur à cette incroyable destination.

Une semaine aux îles Féroé, ça fait bien longtemps que j’en rêvais. Après de nombreux séjours en Islande ou en Scandinavie, ce bout de terre balayé par les vents au milieu de l’Atlantique nord était un passage obligé. C’est chose faite en ce début mai 2019, et ce fut encore plus beau que je l’imaginais.

Au programme de cet article :

█ Un peu d’histoire

Les Îles Féroé sont une province autonome du royaume du Danemark depuis 1948 ; elles possèdent un gouvernement qui leur est propre et qui a compétence dans toutes les affaires à l’exception de la Défense.  Son histoire ancienne est mal connue. L’occupation humaine pourrait dater du IVe siècle, mais ce n’est pas certain. On sait néanmoins que les Scandinaves ont débarqué en 650 puis que l’archipel a été sous domination norvégienne, puis danoise, puis dano-norvégienne jusqu’en 1814, quand l’union entre le Danemark et la Norvège a été dissoute et que l’archipel est devenu danois.

Depuis, il y a eu quelques velléités d’indépendance, mais elles n’ont jamais abouti, le Danemark ne voulant pas vraiment voir partir cette partie de son territoire, et les Féroé ne voulant pas vraiment voir partir les subventions danoises non plus.

Point toponymique : les îles Féroé, avec un i minuscule, se référent aux îles de l’archipel, tandis que les Îles Féroé, en majuscule, sont le nom officiel de la province. Føroyar, le nom féroïen, signifie « les îles aux moutons », parler des « îles Féroé » est donc redondant (comme si on disait « the Île de Batz island » en anglais).

█ Jour 1 : l’île de Vágar

Avant même de poser le pied sur l’archipel, mes compagnons de voyage et moi-même sommes obnubilés par le paysage splendide qui se présente à nous depuis les hublots de l’avion. Ca promet ! L’aéroport est sur Vágar : comme nous le verrons bientôt, c’est une des plus belles îles des Féroé. De l’aéroport, nous nous rendons directement à Vestmanna où se trouve notre premier logement, une maison kitsch mais mignonne datant de 1915. Vestmanna compte environ 1200 habitants et fut un port de ferry important avant qu’un tunnel soit construit vers Vágar. On profite de cette première soirée pour prendre un peu de hauteur vers les barrages qui surplombent la ville. 50% de l’électricité des Féroé est renouvelable et le pays vise 100% à l’horizon 2030.

Les îles Féroé sont surnommées le « Pays du Peut-être », car il est difficile d’y planifier quoi que ce soit. Vous réservez un bateau, et « peut-être » partira-t-il, si la mer est calme. Vous prévoyez une randonnée, mais « peut-être » faudra-t-il l’annuler si la brume ne permet pas de voir à trois mètres. Car ici, la vie est rythmée par les caprices de la météo : chaque jour, vous pouvez voir défiler les quatre saisons. L’avantage, c’est que souvent, s’il fait mauvais, il suffit d’attendre 15 minutes. L’inconvénient, c’est que parfois le baromètre reste bloqué en bas.

C’est pourquoi nous avons prévu notre planning en plaçant en début de séjour les activités nécessitant une réservation et les endroits que nous voulions absolument voir. Ainsi, le cas échéant, nous aurions pu les décaler aux jours suivants. Finalement, nous avons été chanceux et la météo nous a gâté toute la semaine : nous avons pu faire l’ensemble de ce que nous avions prévu.

Virée en bateau vers les falaises de Vágar

Notre première activité a été, depuis le port de Vestmanna, une sortie de deux heures en bateau le long des falaises de Streymoy puis de Vágar. A la bonne période (mi-juin à mi-août) l’intérêt de ce tour est de voir les macareux qui nichent sur les falaises. Nous sommes trop tôt pour cela, mais les grottes, arches et autres formations géologiques impressionnantes rendent la promenade très sympa. C’est, en plus, une des rares activités abordables dans le coin (40€ par personne). Il a fait un peu froid, mais pour notre première matinée, nous en avons pris plein les yeux !

La balade vers le lac suspendu de Trælanípan

Nous nous sommes ensuite rendu sur l’île de Vágar, près de l’aéroport, où se trouve l’une des plus belles vues de l’archipel. Voire LA plus belle vue. Si belle, en fait, et si prisée des touristes, que le propriétaire du terrain sur lequel elle se trouve a décidé de voir à quel point ceux-ci seraient prêts à payer pour aller l’admirer. Depuis le 1er avril 2019, il faut donc obligatoirement s’acquitter d’une taxe de 200DKK (27€) par personne pour accéder au chemin de Trælanípan. Pis, le site officiel de l’endroit indique que la réservation d’un guide est obligatoire, à 450DKK (60€) par personne. C’est a priori faux, ou alors cette règle est respectée de manière aléatoire, car nous avons pu y aller en ne payant « que » la taxe de 200DKK. Ce qui fait tout de même cher pour une promenade de 2 kilomètres.

C’est cher, mais c’est beau. Après une marche tranquille le long du lac Sørvágsvatn, une petite grimpette mène à une falaise surplombant l’océan. En se retournant, une illusion d’optique donne l’impression que le lac est suspendu au-dessus de l’océan, bien qu’ils soient quasiment au même niveau. Le lac n’est en fait qu’à une trentaine de mètres d’altitude, en témoigne une petite chute d’eau située à son extrémité.

L’iconique village de Gásadalur et la chute d’eau de Múlafossur

Depuis Trælanípan, nous remontons l’île de Vágar jusqu’au petit village de Bøur, avec ses maisons traditionnelles faisant face à un superbe fjord rendu plus beau encore par la lumière du soleil s’abaissant sur l’horizon. Je ne vais pas pouvoir tout décrire, au risque que ce compte-rendu fasse 40 pages, mais chaque route de l’archipel est un bonheur à parcourir, chaque virage et chaque village révélant des panoramas à couper le souffle.

Après avoir traversé un tunnel ouvert en 2006 (auparavant, le village n’était accessible qu’à pied, par un sentier de 3,5km à travers la montagne, ou en hélicoptère), nous arrivons à Gásaladur, bourgade qu’une quinzaine d’habitants dont la légende dit qu’elle aurait été fondée par des Elfes (qui d’autre serait venu s’installer dans un coin si perdu !). La vue de la chute Múlafossur avec, en fond, les quelques maisons du village, est l’image la plus typique des îles Féroé. Elle est un peu petite à mon goût (serais-je blasé des chutes d’eau ?), mais le cadre est absolument idyllique.

Nous rentrons ensuite à Vestmanna, fatigués mais heureux, en nous demandant si les jours suivant parviendront à être aussi beau. Pour cette première journée, la barre a été mise très haut.

█ Jour 2 : une journée sur l’île de Mykines

Toujours dans l’idée de placer les excursions susceptibles d’être repoussées en début de séjour, nous avons poursuivi notre voyage par une journée sur l’île de Mykines, située à l’extrême ouest de l’archipel. Elle est connue des amateurs d’ornithologie car elle abrite une énorme colonie de macareux, qui a compté à une époque jusqu’à un million d’individus. Mais on n’en verra pas beaucoup (un seul, en fait – coup de chance !) car ce n’est pas la saison de la nidification. Malgré leur popularité, grâce à leur bouille adorable, ils restent assez peu connus, car ils sont solitaires et passent huit mois de l’année en mer. Etudier des petits oiseaux solitaires au-dessus de l’océan, c’est pas évident..

Mykines est accessible en hélicoptère ou en ferry. Pour varier les plaisirs et gagner du temps, nous partons en hélico : la vue est, vous l’aurez deviné, splendide, d’autant que la météo est avec nous. Précision : je n’ai pas gagné au loto, le vol en hélico ne coûte qu’une vingtaine d’euros ! Il sert principalement à transporter les locaux et des colis.

Nous nous promenons rapidement dans le village de Mykines, mignon mais désert, puis entamons la balade vers le phare de l’île. D’une longueur de 8 kilomètres environ, elle n’est pas bien difficile (malgré quelques passages où il vaut mieux ne pas avoir le vertige) et offre une abondance de points de vue incroyables sur l’île, ses falaises, et les environs. La météo des Féroé aimant nous jouer des tours, nous avons marché sous un grand soleil puis sous la neige, sous un ciel bleu, puis des nuages menaçant… À chaque fois, les jeux d’ombre et de lumière ont magnifié les paysages, rendant cette journée inoubliable.

Pour le retour, nous avons pris le ferry. Il met environ 45 minutes jusqu’à Sørvágur (à 3km de l’aéroport). Je vous dirais bien que la promenade était, elle aussi, superbe, mais nous étions trop fatigués pour rester sur le pont… qui était de toute façon balayé par les flots.

En rentrant, nous avons fait un arrêt rapide près de Trøllkonufingur, « le doigt du troll », une étonnante formation rocheuse de près de 300 mètres de haut.

█ Jour 3 : de Vestmanna à Gjogv, sur Streymoy et Eysturoy

Nous quittons définitivement Vestmanna en directement de Gjogv, sur Eysturoy, où se trouve notre second logement. Sur la route, plusieurs arrêts nous prendrons la journée.

La cascade de Fossá

Cette cascade, située à l’est de Streymoy, est la plus haute des îles Féroé. Elle descend de 140 mètres en deux étapes. Lorsqu’il y a eu de fortes pluies, elle est sûrement impressionnante… Ce n’est pas vraiment le cas lors de notre passage, même si l’arrêt est agréable.

Le village de Tjørnuvík

Tjørnuvík est le village le plus septentrional de l’île de Streymoy et donne l’impression d’être au bout du monde, au fond d’un fjord de sable noir (voir photo ci-dessus). Mignon comme tout, mais je n’y passerais pas ma retraite : c’est quand même très très calme.

Le village et le lagon de Saksun

Niché dans un magnifique amphithéâtre naturel, le village de Saksun (14 habitants) surplombait une baie qui s’est retrouvée ensablée lors d’une tempête, la transformant en lagon de sable noir. La promenade jusqu’à l’embouchure est superbe et unique : jamais je n’avais vu de tels paysages ! Le village est très pittoresque, avec une église en pierre datant de 1858 et une ancienne ferme de moutons transformée en musée.

La ville d’Eiði et les rochers Risin og Kellingin

Eiði a été fondée au neuvième siècle par les vikings et est, à l’échelle des Féroé, une grosse ville : 670 habitants ! Nous nous y rendons pour monter au sommet d’Eiðiskollur, un promontoire de 342 mètres de hauteur donnant sur les rochers Risin og Kellingin. La route pour y accéder est droite, mais la pente est forte, comme disait Jean-Pierre. Néanmoins, la vue en vaut l’effort !

Les deux rochers s’appellent le Géant (Risin) et la Sorcière (Kellingin). Le Géant fait 71 mètres de hauteur et est le rocher le plus proche la mer, tandis que la Sorcière fait 68 mètres et est le rocher tenant sur deux jambes.

Selon la légende, ces deux géants venaient d’Islande et, trouvant les îles Féroé très belles, avaient décidé de les ramener chez eux. Une nuit, ils ont tenté de les voler en y attachant une corde, mais lorsque le Géant a tiré, un bout de la montagne a cédé et le reste ne voulait pas bouger. Ils se sont escrimé toute la nuit avec tant d’ardeur qu’ils n’ont pas vu poindre le jour et ont été transformés en pierre par les rayons du soleil.

Cette dernière promenade terminée, nous nous dirigeons vers le charmant port de Gjógv, 49 habitants, où nous logeons dans une auberge. Un dîner d’agneau plus tard (c’est le seul plat au menu), et nous voici au lit, avec des étoiles plein les yeux.

█ Jour 4 : Randonnée sur l’île de Kalsoy et visite de Kunoy

Lever assez tôt ce matin car nous devons nous rendre sur l’île de Kalsoy, accessible uniquement par ferry depuis Klaksvík. Mais le bateau n’accepte qu’une quinzaine de voitures et il est impossible de réserver, mieux vaut donc arriver tôt. Pour le bateau de 10h, nous y étions à 9h et dès 9h20, le bateau était complet. Après 20 minutes de traversée, nous arrivons à Kalsoy.

Cette île de 36 km² compte 150 habitants environ, répartis dans quatre villages sur sa côte est, séparés de tunnels de trois mètres de large. On se croirait dans le métro londonien ! L’un de ces villages, Mikladalur, est un arrêt obligé des touristes pour sa statue de femme-phoque, Kópakonan.

Selon la légende, une colonie de phoques-humains vivait dans les environs. De temps en temps, ils venaient à terre faire la fête en enlevant leur peau de phoque. Un jour, un homme du village les espionna, vit une femme d’une grande beauté et décida de planquer sa peau de phoque pour qu’elle ne puisse se retransformer le matin venu. Ses congénères partirent et elle dû épouser l’homme. Un jour, alors qu’il était en mer, elle parvint à récupérer sa peau et réussi à s’enfuir. Quelques temps plus tard, les hommes du village décidèrent d’aller chasser les phoques et la femme supplia son ex-mari-preneur-d’otage d’épargner son compagnon phoque et ses bébés, mais il n’en fit rien. Le village fut donc maudit par la malheureuse, seule survivante : les hommes furent condamnés à mourir en mer ou chuter des falaises jusqu’à ce que le nombre de morts soit équivalent à la circonférence de l’île.

Depuis le village suivant, Trøllanes, nous entamons la très belle randonnée vers le phare de Kallur. Elle est assez simple, et permet d’arriver sur la pointe de l’île, où un petit phare surplombe des falaises tombant à pic dans l’océan (voir photo plus . Ce n’était pas fait exprès, mais nous avons chaque jour une vue extraordinaire ! Et avec de la chance niveau météo… Il se met à prévoir seulement lorsque nous revenons à la voiture, pour reprendre le ferry dans l’autre sens.

Le village de Kunoy

Non loin de Klaksvík, face à Kalsoy, s’étend la petite île de Kunoy et son unique village, judicieusement appelé Kunoy. On va y faire un tour, même s’il n’y a pas grand chose à y voir de plus que dans les autres bourgades des Féroé. A part « la plantation », un ersatz de forêt planté par les habitants à partir de 1905. Car vous l’avez peut être remarqué : les arbres ne sont pas légion dans le coin !

Promenade au-dessus de Fuglafjørður

Sur le chemin du retour, on s’arrête à Fuglafjørður, d’où il y a paraît-il un beau panorama sur les fjords des alentours. Pour y accéder, il faut néanmoins grimper. Beaucoup. Alors que la journée se termine et que nous avons faim. Mais nous persévérons (à chaque cairn, avec la phrase « au point où on en est, autant avancer jusqu’au prochain ») et finissons par arriver au sommet duquel nous profitons de la vue avant qu’une averse de grêle nous surprenne.

█ Jour 5 : découverte de Tórshavn

Nous quittons Gjogv pour la dernière étape de notre séjour, la capitale Torshavn où nous avons loué un Airbnb. Avant de nous y arrêter, petit arrêt au…

Village historique de Kirkjubøur

Situé en périphérie de Torshavn, Kirkjubøur est un endroit assez étonnant. Habité par 75 personnes, il est l’un des villages les plus vieux de l’archipel. On y trouve les sites historiques les plus importants des Féroé : les ruines de la cathédrale Saint-Magnus (bâtie vers 1300 et jamais terminée), l’église Saint-Olaf, du douzième siècle, et la ferme Kirkjubøargarður du onzième siècle. C’est la maison en bois habitée depuis le plus longtemps au monde. La famille qui y vit est là depuis 17 générations.

Tórshavn, une capitale paisible

Enfin, après ces quelques jours en pleine nature, à voir plus de moutons que d’habitants, nous retrouvons la civilisation à Torshavn. Après les petits villages de 15 habitants que nous avons visités, cela fait étrange de retrouver une vraie ville, même si elle n’est pas bien grande non plus : 13.000 habitants (21.000 dans la zone urbaine).

Nul ne sait si les premiers habitants des Féroé, qui étaient des moines celtes, venaient dans ce coin, mais les vikings ont établi leur parlement ici en l’an 825. À la fin de l’ère viking, en 1035, Torshavn (qui signifie « le port de Thor ») s’est développée grâce au commerce.

La visite se fait très rapidement, car les points d’intérêts sont concentrés dans la vieille ville, autour du port. On y trouve quelques maisons anciennes, le siège du parlement et un ancien fort construit au seizième siècle et modernisé pendant la seconde guerre mondiale. Et c’est tout ! Je vous avais dit que ça allait vite. Il est aussi possible de faire un peu de shopping voire de s’arrêter dans un bar, mais mieux vaut avoir le porte-monnaie bien plein : à 15€ la bière, on ne fera pas la java toute la nuit…

█ Jour 6 : randonnée sur l’île de Nolsoy

Pour cette dernière journée, direction l’île de Nolsoy, à 20 minutes en ferry (5 km) de Torshavn. La météo paraît clémente pour les 6 heures de marche que nous envisageons de réaliser…

Nolsoy est l’île la plus plate des Féroé (372 mètres au point le plus haut) et sert de brise-lame protégeant la baie et Torshavn. Elle ne compte qu’un village, vous l’aurez deviné, appelé Nolsoy, situé sur un isthme au centre de l’île.

L’île fait 9 km de long et la randonnée la plus célèbre mène à son extrémité, jusqu’au un phare. Après une première demi-heure très raide, le sentier descend en pente douce jusqu’au phare. C’est très monotone, avec de la tourbe tout le long, même si la vue finale est relativement jolie. Bref, nous ne sommes pas subjugués comme les jours précédents, mais au moins nous n’avons pas été douchés.

Il nous faut seulement 3,5 heures pour faire les 12 kilomètres de la balade, au lieu de 6 annoncées. En attendant le ferry du retour, nous tuons donc le temps dans le village, qui dispose d’un lieu accueil pour les voyageurs (où je mange une gaufre) et un bar, le Maggie’s, a l’ambiance sympa.

Le lendemain, il est temps pour nous de rentrer à Paris, épuisés mais conquis !

Quelques photos pour conclure :