Le top 10 des bâtiments soviétiques de Bratislava

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De la pyramide inversée de la maison de la radio, à un pont en forme d’ovni, l’héritage communiste de Bratislava ne se retrouve pas seulement dans les bas-reliefs qui parsèment la ville.

« Bratislava se visite en une demie-journée. »

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ! Grosse erreur. Même si le centre historique de la ville est petit, il faut tout de même une bonne journée pour en faire le tour, comme je vous l’explique ici. Et c’est sans compter la visite des musées. Pour aller plus loin et voir l’héritage soviétique de la ville, il vous faudra au moins une autre demi-journée de marche. Si vous lisez ceci, c’est que vous faites partie de ces gens qui, comme moi, sont fascinés ou du moins intéressés par les bâtiments brutalistes, utilitaristes ou monumentaux que nous a légué l’URSS. Cet article est donc pour vous (ou alors vous êtes juste polis et lisez parce que je vous connais dans la vraie vie).

On distingue deux périodes liées à l’architecture soviétique à Bratislava. Les années 1960 furent un temps où les architectes avaient carte blanche pour créer des bâtiments originaux et innovants, dans le but de montrer le pouvoir économique (fantasmé) et social du régime.

Après les années 1970 par contre, beaucoup de ces architectes sont tombés en disgrâce après avoir soutenu le printemps de Prague, et l’architecture coco s’est alors résumée à l’image que l’on s’en fait : des barres de béton sans âme. L’économie soviétique étant déjà en train de péricliter, il n’était de toute façon plus possible de mener de si grands projets. Ca tombait bien.

Les bâtiments de l’époque soviétique sont faciles à repérer : ils sont les plus délabrés et tagués du centre-ville. Face au coût de leur entretien, au désintérêt général pour ce type d’architecture et aux mauvais souvenirs laissés par le grand frère soviétique, la municipalité de Bratislava – à l’instar d’autres villes, comme Chisinau – a jugé plus simple de les laisser à l’abandon.

Voici donc les immeubles digne d’intérêt de Bratislava, dans un ordre plus ou moins logique de visite, de Námestie Slobody jusqu’à Most SNP.

1 – Námestie Slobody, le parc de la liberté

Point de départ de la visite, le parc de la Liberté est un exemple frappant de la planification urbaine vue par les soviétiques. Un parc centré autour d’une monumentale fontaine avec, sur trois côtés, des bâtiments utilitaristes ressemblant à des rangées infinies de fenêtres.

 

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Cela devait être plutôt agréable à une époque, mais aujourd’hui, l’ensemble est recouvert de graffitis, les herbes folles ont conquis tous les parterres et les dalles de béton s’effritent inexorablement. La fontaine ne fonctionne plus depuis 2007 : mal conçue, elle gaspille trop d’eau.

Le lieu à bien sûr pris son nom de « parc de la liberté » à l’indépendance du pays. Sous l’époque communiste, il s’appelait Gottwaldova, du nom du premier président de la Tchéquoslovaquie, Klement Gottwald. Une monumentale statue du bonhomme trônait ici. Elle a été abattue dans les années 1990.

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2 – L’université technique

Autour du parc se trouvent trois immeubles : le palais de la poste et deux parties de l’université technique.
Les bâtiments en eux-mêmes ne sont pas communistes : ils datent des années 1940. Par contre, ils ont été « embellis » par divers bas-reliefs ainsi que par des « tuiles » typiquement soviétiques.

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En entrant dans l’université par l’arrière, on tombe sur une autre fresque étonnante. Elle est plus récente que la période communiste (la signature indique 1994) mais vaut clairement le coup d’œil. Et mériterait bien une explication de texte.

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3 – Slovenský Rozhlas, la maison de la radio

Quand je vous disais que les touristes qui se contentent du centre historique ratent des bijoux, je pensais en particulier à celui-ci, que l’on retrouve régulièrement dans les listes des bâtiments les plus moches du monde. Cette pyramide inversée est le siège de la radio nationale slovaque. Le bâtiment, qui semble défier les lois de la gravité, a été dessiné à la fin des années 1960 par le trio Štefan Svetko, Štefan Ďurkovič et Barnabas Kissling. Il a fallu plus de dix ans de travaux pour l’achever (le fameux made in USSR) : l’inauguration a eu lieu en 1983.

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Il se place ex-aequo avec le cirque de Chisinau à la place de « bâtiment soviétique le plus dingue que j’ai vu ».

4 – L’hôtel Kyev

Chaque ville soviétique avait son « grand hôtel » et Bratislava ne fait pas exception. Ne pensons pas à tous les bâtiments historiques qu’il a fallu raser pour le construire et posons un œil presque objectif sur l’hôtel Kyev, monstre de béton à deux pas de la vieille ville.

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Œuvre de l’architecte local Ivan Matúšik, le bâtiment a été achevé en 1972. Ce complexe ultra-moderne et élégant, pour l’époque, a accueilli des touristes en goguette pendant plus de 30 ans avant de fermer ses portes. Tout le monde s’accorde à dire que son interieur était splendide, mélange de modernisme des années 1970 et de kitsch façon « base secrète d’un méchant de James Bond ». Malheureusement, tout le mobilier a été vendu aux enchères en 2012. L’immeuble était promis à la destruction, mais les cries d’orfraie des défenseurs du patrimoine ont fait reculer le promoteur immobilier qui l’a acheté, et qui aujourd’hui ne sait pas trop quoi en faire.

5 – Most SNP, le pont à l’ovni

Plus encore que l’hôtel Kyev, le bâtiment qu’il est impossible de manquer en arrivant en ville est le Most SNP (Pont du soulèvement national slovaque), qui enjambe le Danube.

Long de 430 mètres, il a été construit entre 1967 et 1973 et a pour caractéristique principale d’avoir un pilier en forme de soucoupe volante ou, plus précisément, d’un tripode tout droit issu de la Guerre des mondes. Hommage des architectes à HG Wells ? Message secret d’une autre civilisation ? Mégalomanie ? Nul ne le sait.

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Ce que l’on sait, c’est qu’il a fallu raser UN TIERS du centre historique, dont l’ensemble du quartier juif, pour le construire, ainsi que les rampes et bretelles qui y mènent. C’est sans doute l’une des destructions volontaire de patrimoine les plus importantes du siècle dernier, au niveau de la mégalomanie de Ceaucescu à Bucarest. Quelle tristesse.

La cathédrale Saint-Martin, située à quelques mètres de l’autoroute, est d’ailleurs fragilisée par les vibrations engendrées par le trafic routier.

L’observatoire situé sur le pilier, à 95 mètres de haut offre une superbe vue sur la vieille ville et, de ce côté du fleuve, sur les nouveaux quartiers créés par les soviétiques.

On doit cet ouvrage à trois architectes : Jozef Lacko, Ladislav Kušnir et Ivana Slaměna. Leur nom n’apparaît pourtant nulle part sur le pont, une plaque remercie seulement les « travailleurs de l’institut du design et de la planification urbaine » pour leur travail. La raison ? En 1970, les trois architectes ont perdu leur siège à l’université d’architecture pour avoir critiqué la répression soviétique contre le printemps de Prague, en 1968. Ils n’ont même pas été invités à l’inauguration du pont, en 1973.

6 – Le mémorial de Slavin

Élément un peu différent des autres de ce classement, mais héritage soviétique tout de même. Le mémorial de Slavin commémore le sacrifice des soldats soviétiques pendant la seconde guerre mondiale et s’élève sur la plus haute colline de la ville – c’est l’une des premières choses que l’on voit en sortant de la gare. Évidemment, cette position privilégiée était un hommage aux soldats, mais difficile de ne pas y voir aussi à avertissement à la population sur qui contrôlait le pays pendant 40 ans. Une sorte de Big Brother rappelant c’est qui le boss.

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Le mémorial en lui-même est assez laid. On apprécie la sobriété des six fosses communes et la beauté du panorama, mais l’obélisque est franchement raté et fait très cheap.

Ceci dit, quand on voit comment la colline est petit à petit grignotée par de génériques maisons modernes sans aucune âme, on se dit que ce mémorial préserve au moins un peu de verdure.

7 – La gare centrale et la gare routière

Je les réunies simplement car cela parle de transport, et que leur intérêt est très limité.

Celui de la gare réside dans une majestueuse fresque située au-dessus du panneau d’affichage, dans le hall des départs. Datant du début des années 1960, elle l’idéal socialiste tel qu’il était vendu aux populations : le travail, le progrès scientifique (voyez Spoutnik dans le ciel), la diversité ethnique et l’harmonie qui y règne, la paix et l’espoir représentés par des enfants jouant avec des colombes… C’est comme si l’artiste avait ouvert son dictionnaire de propagande et coché toutes les cases.

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Le reste de la gare, agrandie dans les années 1980, ne mérite par contre qu’un coup de bulldozer.
Idem pour la gare routière, d’ailleurs, qui est moche, sale et peu pratique. Elle a toutefois un petite particularité : son logo futuriste avec l’acronyme CSAD, Československá Automobilová Doprava. Eh oui, l’enseigne est toujours là, même si cela fait plus de vingt ans que la Tchécoslovaquie – et donc cette administration – n’existe plus.

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8 – Le poste de police et les dortoirs de l’université

Il n’y a pas de lien entre les deux, à part qu’ils sont excentrés au nord de la ville, sur la même ligne de tramway.

Le bâtiment de la police, Prezídium Policajného zboru, vaut le coup d’œil pour les deux bas-reliefs qui encadrent son entrée. Ça en jette, non ?

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L’internat Mladá Garda, construit en 1954 par l’architecte slovaque Emilia Belluša, paraît complètement incongru à Bratislava. On dirait que l’architecte a pris un bâtiment communiste classique et a décidé d’arbitrairement y ajouter des éléments néoclassiques. Qu’est ce que cette tour de l’horloge fait là ?
C’est l’un des seuls exemples de ce style à Bratislava, ce qui s’explique par le fait que l’on soit encore dans les années 1950.

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9 – Les bas reliefs et statues soviétiques

Je vous ai parlé de ceux du bâtiment de la police, qui sont particulièrement impressionnants, mais ils sont loin d’être seuls : les bas-reliefs se trouvent partout à Bratislava, à condition de lever les yeux.

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10 – La tour de télévision Kamzik

Je n’ai pas eu le temps de m’y rendre (c’est assez long et compliqué), mais elle est visible d’un peu partout dans la ville. Construite entre 1964 et 1974, cette tour de 199,9 mètres de hauteur abrite un restaurant panoramique et une plateforme d’observation d’où l’on peut voir l’Autriche, la Hongrie et la République tchèque.

Par Gareth Simkins sur Wikipedia

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