Une journée pour découvrir le centre de Munich

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Détruite à 80% pendant la seconde guerre mondiale, Munich s’est rapidement reconstruite pour devenir le centre économique de l’Allemagne du sud. Entre les bâtiments historiques reconstitués à l’identique et les immeubles de bureaux, c’est une ville qui regarde tout autant vers le passé que vers le futur.


NB : il est possible d’effectuer cette balade d’une vingtaine de kilomètres en une journée (9h-19h), visites de la Residenz et du Centre de documentation sur le national-socialisme inclues. Mais il ne faut pas traîner et avoir de bons mollets.

Fondée en 1158, Munich a d’abord été une ville religieuse : son nom signifie « Chez les moines ». Elle est ensuite restée catholique, même après la réforme luthérienne, ce qui l’a poussée à renforcer l’identité de la Bavière, face notamment aux velléités impérialistes de la Prusse.

L’histoire de la ville est intimement liée à celle des Wittelsbach, famille noble qui régna sur la Bavière de 1180 à 1918 – c’est la plus longue dynastie de l’histoire européenne. L’impératrice Sissi, cousine du roi Louis II de Bavière (qui fit construire le château de Neuschwanstein), fut l’une de ses dernières figures de premier plan.

Munich, c’est aussi « la capitale du mouvement nazi », comme la surnomma Hitler qui en fit son camp de base pour la conquête du pouvoir. Même si Berlin fut la capitale du Troisième Reich, l’essentiel de l’appareil du parti nazi resta à Munich, comme nous le verrons dans un autre article.

Cette triple identité se retrouve dans la ville d’aujourd’hui. Ville de clochers, de palais, d’art et d’histoire, elle a réussi à retrouver son identité enfouie sous les gravats de la seconde guerre mondiale – d’où elle est sortie très endommagée : 50% de la ville et 90% du centre historique ont été détruits.

Avec 1,4 millions d’habitants, Munich est moins peuplée que Paris, mais s’étend sur une surface trois fois plus vaste. Elle respire d’autant plus que les espaces verts représentent 15% de sa surface.

Autour de Marienplatz

Marienplatz, la place de Marie, est le coeur et l’hypercentre de la cité. Son image la plus célèbre aussi, si l’on oublie le stade Allianz Arena (même si certains considèrent que le Stade olympique est le plus célèbre).

Autour de la colonne de Marie, érigée en 1638 en l’honneur de la sainte patronne de la Bavière, se trouvent des bâtiments plus ou moins modernes, ainsi que le superbe hôtel de ville (Neues Rathaus), largement inspiré de celui de Bruxelles. De style néogothique, il est surmonté d’une tour de 80 mètres de haut dont le carillon offre un petit spectacle chaque jour à 11 heures : ses personnages de cuivre rejouent le tournoi qui eu lieu lors des noces de Guillaume V en 1568 (c’est pas terrible comme spectacle, même si les touristes chinois poussent beaucoup de « oooh » et de « aaah »). Il ne reste plus grand chose de l’ancien hôtel de ville ; simplement une façade à l’Est de la place.

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Marienplatz est à l’ombre de plusieurs clochers.

Celui de l’Eglise Saint-Pierre (Peterskirche), au sud, offre une belle vue sur la ville, à condition de gravir ses 306 marches. L’église en elle-même, qui remonte au XIIIe siècle, a été comme une grande partie de la ville « baroquisée » aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Juste derrière l’église Saint-Pierre se trouve l’Eglise de l’Esprit saint (Heiliggeistkirche), édifice gothique également remanié à la mode baroque.

Elle longe le marché aux victuailles (Viktualienmarkt), en activité quasi-quotidiennement depuis 1807. Au centre se trouve l’arbre de mai, vieille tradition européenne qui consiste à planter un arbre couronné pour célébrer le retour des beaux jours.

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En retraversant la Marienplatz, on découvre la cathédrale Notre-Dame (Fraeunkirche), paquebot de brique rouge de style gothique tardif (1468-1488). Ses deux tours (99 et 100 mètres), coiffées de deux dômes, sont les points les plus hauts de la ville : aucune construction du centre n’est autorisée à les dépasser.

L’intérieur de la cathédrale est sobre et d’un blanc éclatant. On y trouve en particulier le mausolée en marbre noir de l’empereur Louis IV de Bavière (1282-1347).

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La vieille ville

En s’éloignant de Marienplatz, les bâtiments modernes se font un peu plus nombreux, mais la vielle ville reste très agréable à parcourir. La municipalité a pris le parti, dès les années 1960, d’y rendre certaines voies piétonnes. Dans la ville de BMW, en pleine ère de la voiture reine, il fallait oser !

Musarder derrière la cathédrale nous mène sur la Promenadeplatz, où se trouve l’hôtel de luxe Bayerisher Hof. C’est ici que descendait Michael Jackson lorsqu’il passait dans le coin. Une des statues de la place (a priori, d’un ministre de Maximilien Ier Joseph) est devenue un étrange lieu de recueillement pour ses fans.

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La rue perpendiculaire, Kardinal-Faulhaber-Straße, compte quelques jolis immeubles rococo, dont le palais Portia et le palais archiépiscopal. Ce dernier, à la façade blanche et rose, fut occupé par Joseph Ratzinger (Benoît XVI) lorsqu’il était archevêque de Munich, de 1977 à 1982.

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Un passage permet de pénétrer dans les Cinq cours (Fünf Höfe), un superbe aménagement signé par le cabinet d’architecte Herzog & de Meuron (à qui l’on doit aussi l’Allianz Arena et le sublime nouveau stade de Bordeaux).

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Le passage mène directement vers l’Opéra national bavarois (Bayerishe Staatsoper) et l’entrée de la Résidence (Residenz), le palais des Wittelsbach (voir plus bas).

La rue principale mène à la place de l’Odéon (Odeonplatz), très italianisante. Elle est surplombée par l’église des théatins  (Theatinerkirche), dont la façade rococo est malheureusement cachée par un échafaudage. A l’intérieur, le regard est attiré par la coupole de 71 mètres ; mais surtout par colonnades du maitre autel, richement décorées.

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L’autre monument de la place est le Portique des maréchaux (Feldherrnhalle), inspiré de la Lozzia dei Lanzi de Florence. Construite de 1841 à 1844, pour honorer les soldats tombés au combat, cette galerie a été réquisitionnée par la propagande nazie. C’est ici que les putschistes de novembre 1923 (le putsch raté qui conduisit Hitler en prison, où il écrivit Mein Kampf) affrontèrent la police et furent arrêtés. Il y eu 20 morts : 16 parmi les nazis et quatre parmi la police. Après la prise de pouvoir d’Hitler, un mémorial à ces 16 « martyrs » fut installé sur la galerie et gardé jour et nuit. Il était obligatoire d’effectuer un salut nazi en passant devant.

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Pour éviter cela, les munichois empruntaient une ruelle derrière le bâtiment afin de le contourner. Une ligne de bronze sur le sol rappelle cet acte de résistance passive. Par ailleurs, il y a eu pendant un temps une plaque sur le sol en hommage aux quatre policiers morts ce jour-là sous les coups des putschistes. Pour une raison obscure, elle a été retirée.

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A l’est et au nord de la vieille ville

Les courageux marcheurs pourront continuer le long de Maximilianstraße, les Champs-Elysées munichois, jusqu’au parlement de Bavière, le Maximilianeum (1874). Il fut construit à l’origine pour accueillir une fondation d’étudiants.

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En traversant un parc vers le nord, on arrive à la Colonne de l’Ange de la paix (Friedensengel), érigée en 1896 pour commémorer la fin de la guerre de 1870-71. L’ange, perché à 38 mètres de hauteur, regarde vers la France.

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La rue du Prince régent (Prinzeregentenstraße) mène à quelques musées (dont le Musée national bavarois créé en 1855 par Maximilien II). Elle permet aussi de voir le spectacle insolite de surfeurs qui profitent d’une vague artificielle créée par un bout de béton sur l’Eisbar, la rivière qui traverse le jardin anglais.

Quelques mètres plus loin, l’un des souvenirs les plus visibles de l’époque nazie : la Haus der Kunst (Maison de l’art). Il s’agit du « temple de l’art » voulu par Adolf Hitler. Y était exposé l’art aryen officiel, choisi par un jury auquel participait le Führer lui-même. Depuis 1946, c’est un lieu d’exposition d’art contemporain – que le moustachu aurait sûrement détesté. La première exposition après-guerre fut dédiée à Picasso, c’est dire.

Le bâtiment, inauguré en 1937, est dans le style néoclassique typique des nazis. Il a été construit par Paul Ludwig Troost, architecte considéré comme un « génie » pendant le troisième Reich.

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Derrière ce bâtiment s’étend le Jardin anglais, le plus grand parc de Munich et vrai poumon de la ville. Aménagé à la fin du XVIIIe siècle, ce Central Park comporte un Biergarten très agréable de 7500 places, à l’ombre d’une tour chinoise.

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A l’ouest du parc, descendant vers Odeonplatz, la Ludwigstraße compte quelques monuments intéressants, comment la Porte de la Victoire (Siegestor), arc de triomphe inspiré de l’arc Constantin de Rome, très endommagé pendant la seconde guerre mondiale (c’est pour ça que le haut d’une des façades est dépourvu de décorations).

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On y trouve aussi l’université Ludwig-Maximilians, construite en 1835 et 1840. C’est sur le parvis de cette fac que les étudiants Sophie et Hans Scholl, membres du mouvement de résistance La Rose blanche, furent arrêtés alors qu’ils distribuaient des tracts. Des plaques commémoratives au sol (a priori, à l’endroit où ils ont été arrêtés) honorent leur mémoire. Il a été envisager de rebaptiser l’université de leur nom, mais ça n’a pas été fait. Cela n’empêche pas les étudiants locaux de l’avoir surnommée ainsi, en hommage. Par ailleurs, Geschwister-Scholl-Schule (Ecole des frère et soeur Scholl) est le nom d’école le plus répandu en Allemagne.

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La Residenz, palais royal,

Ludwigstraße nous conduit à nouveau vers la Residenz, un complexe alambiqué ayant fait office de palais royal pendant plus de 500 ans.

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Les Wittelsbach y ont vécu de 1385 jusqu’en 1918, effectuant des travaux au gré des goûts de l’époque. La Renaissance et le XIXe siècle ont laissé une empreinte particulièrement importante sur la Residenz. Le palais a beaucoup souffert des bombardements, mais a bénéficié d’un travail de reconstitution remarquable, même si des chefs d’œuvre sont à jamais perdus.

En haut à gauche, la chapelle du palais avant la guerre. A droite, son état aujourd'hui.

En haut à gauche, la chapelle du palais avant la guerre. A droite, son état aujourd’hui.

Il y a deux visites : celle du palais et celle du trésor. La première, très complète, nous fait visiter 90 pièces du palais. Impossible de toutes les citer, mais l’Antiquarium est sans doute la plus belle : plus ancienne partie du palais toujours existante (1570), il s’agit d’une longue salle voûtée peinte de fresques et décorées de bustes antiques. Effondrée pendant la guerre, sa reconstruction est impressionnante.

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Les appartements du Roi ont aussi été irrémédiablement endommagés. Lors de la reconstruction, les emplacements des fresques disparues sont restés vides. La visite est néanmoins superbe, en particulier lorsqu’on arrive dans les chambres de pierre (Steinzimmer), recouvertes de marbre et de scagliola (stuc très fin).

Le trésor est disposé dans une dizaine de pièces au sous-sol. On peut y voir la superbe croix de la reine Gisèle de Hongrie (1006), une époustouflante statuette de Saint-Georges à cheval (1586-1597), les insigne royaux de Bavière et d’importantes reliques.

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La Königsplatz et le quartier des musées

De retour sur Odeonplatz, se diriger vers l’ouest mène vers la flamme éternelle qui brûle sur la Place aux victimes du national-socialisme (Platz der Opfer der Nazional-Socializmus).

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En poursuivant, on arrive sur la place royale (Königsplatz). Elle est intéressante à plus d’un titre.

A la base, cette place a été créé par Louis Ier, amoureux des arts, qui voulait faire de Munich un « Athènes sur Isar » dont cette place aurait été le centre culturel.

Elle est ouverte par une porte (1846-1862) rappelant l’entrée de l’Acropole d’Athènes et flanquée de la Glyptothèque (musée des sculptures grecques et romaines) et de la collection des antiquités (bronzes, céramiques, bijoux).

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La place est aussi connue pour avoir été le centre du pouvoir nazi. Recouverte de pavés de granit (enlevés et remplacés par de la pelouse) elle était le lieu privilégié des manifestations national-socialistes (discours du Führer, réception de Mussolini, etc.). Hitler y fit construire deux « temples de l’honneur » à la mémoire des seize « martyrs » du putsch raté de 1923. Ces temples furent dynamités en 1945.

Le quartier concentrait l’ensemble de l’administration du parti nazi, avec 68 bâtiments et près de 6000 employés. La « maison brune », le siège du parti, y était installé. Détruit par les bombardements, il a totalement disparu. A la place se dresse depuis 2013 un Centre de documentation sur le national socialisme, qui de façon très didactique explique la montée du mouvement à Munich et ses conséquences (sur la ville, pas sur le monde). Une visite très intéressante pour mieux comprendre l’atmosphère des années 1920 et 1930 à Munich.

Le centre de documentation sur le national-socialisme (à droite) et l'Hitlerbau, à gauche.

Le centre de documentation sur le national-socialisme (à droite) et le Führerbau, à gauche.

De part et d’autre de la place se trouvent deux bâtiments jumeaux construits entre 1933 et 1937 par l’architecte du Führer, Troost. Le premier, le Führerbau (« bâtiment du Führer ») abrite aujourd’hui le conservatoire. C’est ici qu’on été signés les déshonorant accords de Munich par Adolf Hitler, Edouard Daladier (représentant la France) et Neville Chamberlain (représentant le Royaume-Uni). Le second bâtiment, qui comprenait des services administratifs nazis, semble abandonné. Il a servi de musée pendant un temps (note : j’y suis repassé quelques semaines plus tard, et il semble qu’il y ait bien un musée et qu’il ne soit pas abandonné, juste très mal entretenu).

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Au nord de cette place s’étend le quartier des musées, que je n’ai pas eu le temps de visiter ce jour-là (puisque je suis allé au Centre de documentation sur le national-socialisme). On y trouve les trois musées de la collection de peinture de la Bavière : l’ancienne pinacothèque, la nouvelle pinacothèque et la pinacothèque d’art moderne (Alte Pinakothek, Neue Pinakothek, Pinakothek der Moderne). La villa Lenbach (Lenbachhaus) présente une collection du mouvement le cavalier bleu (Der blaue Reiter).

Ce tour de la ville terminé, il est temps de se poser et de se restaurer.

Mon choix s’est porté, pour le dîner, sur l’auberge Augustiner Zum, près de Marienplatz (Neuhauser Straße 27). Cette institution ouverte en 1885 propose une carte de mets bavarois à prix raisonnables et une excellente bière maison, l’Augustiner. Comme il est de tradition dans ce type d’établissement, les serveurs sont habillés de costumes traditionnels.

Et pour terminer la soirée, direction la Höfbrauhaus, la plus célèbre brasserie de Munich. Avec 3500 places assises, ce temple de la bière est prisé tant des touristes que des habitués, dont les tables réservées pour le dimanche sont surmontées d’un petit panneau indiquant le nom des hôtes d’honneur.

L’histoire de cette brasserie remonte à 1589, mais le bâtiment actuel date de 1896. Contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, ce n’est pas ici qu’Hitler prépara le putsch de 1923. Cela eu en fait lieu à la Bürgerbräukeller, une brasserie aujourd’hui disparue. C’est d’ailleurs à cet endroit que le dictateur manqua de mourir en septembre 1939. Un résistant munichois, Johann Georg Elser, se laissa enfermer une trentaine de fois dans la brasserie pendant la nuit, afin de piéger les piliers du sous-sol avec de l’explosif. Tout devait sauter un soir où Hitler viendrait faire un discours. Malheureusement, il décida ce jour-là de quitter les lieux un peu plus tôt que d’habitude… et échappa à l’explosion à treize minutes près. Elser fut arrêté et envoyé en camp de concentration en attendant son procès, programmé « après la fin de la guerre et la victoire du Reich ». Il mourût le 9 avril 1945 au camp de Dachau.

Addendum :
J’ai eu le temps, lors d’une autre journée, de visiter l’ancienne et la nouvelle pinacothèque. Plutôt que de leur dédier un article, quelques mots ici.

La nouvelle pinacothèque – Neue Pinakothek.

C’est celle que je voulais voir en priorité. Abritée dans un bâtiment post-moderne de 1981 (trop endommagé pendant la guerre, le bâtiment d’origine a été rasé ; il avait été vidé pendant la guerre), elle est consacrée au XIXe siècle, avec également des peintures et sculptures du symbolisme et de l’art nouveau. Parmi les 400 œuvres exposées, on trouve quelques tableaux d’impressionnistes français comme Degas, Van Gogh, Gauguin ou Manet. Mon grand plaisir a été la salle consacrée au mouvement Biedermeir et au début du réalisme allemand. Et bien sûr, la trop petite salle consacrée à l’Art nouveau, avec Klimt, Schiele et Minne.

L’ancienne pinacothèque – Alte Pinakothek.

Une très bonne surprise que cette visite, puisque ce musée ferme le lundi – mais pas aujourd’hui, lundi de Pâques. Dans un immense bâtiment inauguré en 1836, on peut admirer 700 peintures européennes du XIVe au XVIIIe siècles. Parmi les œuvres majeures, citons une Vierge à l’enfant de Léonard de Vinci ; trois œuvres de Raphaël ; et surtout tout une salle consacrée à Pierre Paul Rubens, centrée autour de son Jugement dernier (1616). Le musée est en travaux jusqu’en 2018, certaines parties sont donc fermées au public à tour de rôle.

 

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